Inside Ashes 2019 à Headingley : On y était !

Par Yves Tripon

On y était !

(tant mieux pour nous et tant pis pour les autres…)

Headingley Cricket Ground, Leeds, Angleterre, Grande-Bretagne, Europe, Monde, 24 août 2019, 16h20, sous un soleil de plomb Ben Stokes marque un 4 et saute de joie. Nous aussi, ainsi que tout le public, hormis la tribune à chapeau jaune et veste verte.

L’Angleterre a gagné. L’Angleterre a gagné. L’Angleterre a gagné.

Un match épique, un retour incroyable, inespéré.

Pourtant l’Australie avait tout pour gagner : un premier inning impressionnant, une équipe anglaise au-dessous de tout, aussi bien à la batte qu’au lancer. Résultat : 67 courses pour l’Angleterre tous éliminés contre 179 tous éliminés pour l’Australie. Revenant à la batte, les Australiens avaient marqué 246.

Mais voilà, on était à Headingley.

Le Yorkshire, terre de cricket

Headingley, le petit village qui résiste à la petite balle blanche des matchs à overs limités, T20 et One Day, le petit village qui préfère la balle rouge du championnat des comtés et des Tests à overs illimités. Headingley, Leeds, Yorkshire. Le Yorkshire où les matchs en maillot blanc se jouent partout, même quand ils sont en 50 ou 40 overs pour des raisons pratiques. Le Yorkshire où même le plus petit village a son terrain de cricket jouxtant celui de rugby, à 13 surtout. Le Yorkshire, le temple du cricket de village.

Allez à Scarborough, petite ville balnéaire sur la côte de la Mer du Nord, et vous trouverez un superbe terrain de cricket avec tribunes tout autour et pavillon. Nous y avons assisté à un match entre Scarborough et l’équipe de Woodhouse Grange.

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Scarborough Cricket Club

Quoi ? Vous ne connaissez pas Woodhouse Grange ? Allons, ce hameau près de York, cette superbe ville médiévale à la cathédrale si gigantesque qu’on pourrait y mettre celles de Strasbourg et Notre Dame. Tout le monde dans le Yorkshire connaît Woodhouse Grange, du moins tout le monde s’intéressant au cricket, soit 80 % de la population (sondage personnel n’ayant aucune prétention scientifique). Woodhouse Grange, qui a battu, à plusieurs reprises, la Yorkshire Cricket Academy, l’école de formation du Yorkshire County Cricket Club.

Bon. Eh bien, Woodhouse Grange a battu Scarborough, sous le soleil, mais dans le vent.

Du vent, il y en a dans tout le Yorkshire. Et, parfois aussi, de la pluie. Vous me direz, c’est normal, en Angleterre où quand il ne pleut pas, il y a du brouillard. Mais ce qui marque surtout, c’est le vent. Le Yorkshire, c’est le pays des sœurs Brontë, des Hauts du Hurlevent. Alors, le brouillard a en réalité du mal à se poser. Quand il le fait, on ne voit plus rien à moins d’un mètre, mais ça n’est pas si fréquent. Par contre, effectivement, il y a la pluie. Et elle est facétieuse la pluie du Yorkshire.

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Le Test commence

Ainsi, le 21 août, premier jour du troisième test des Ashes, alors que, hormis le vent un peu frisquet, il avait fait beau sur Leeds, peu avant 11h, alors que le tirage au sort, le toss, allait être lancé, il se met à pleuvoir. Oh, pas une grosse pluie, pas la mousson, mais une bruine persistante, profitant d’une baisse du vent (qui devait être un peu essoufflé ce jour-là, vu le travail qu’il avait fait les jours précédents). Du coup, le toss est reporté. C’est plus d’une heure plus tard que tout a pu commencé.

Que dire de cette première manche, sinon que, si les Anglais avaient réussi à contenir les batteurs Australiens, les lanceurs de ces derniers ont joué à la perfection et que les batteurs de l’Angleterre ont été à la ramasse ? La ramasse, c’est tout à fait le mot, eux qui ont passé beaucoup de temps à ramasser régulièrement la balle une fois celle-ci ayant passé les limites, la Boundary, du terrain. Les supporters anglais faisaient la grimace tandis que les Australiens arboraient d’immenses sourires, peut-être même un peu condescendants. On avait l’impression d’un combat de boxe où l’une des deux équipes avait été engagée par l’autre en guise de sparring-partner.

Et la seconde manche australienne fut à l’image. Au bout du compte, la partie semblait pliée. Après en avoir marqué lors de la première manche, 179, ils alignaient 246 courses ou runs ou points (comme vous voulez). Le total des runs donnait quand même 425 courses. Si on en enlève les 67 marqués par l’Angleterre lors du premier innings, il fallait aux Anglais 358 pour égaliser et un minimum de 359 points pour gagner.

Étant donné l’état des lieux, alors que le match avait été retardé, on ne se faisait aucune illusion quant aux chances de l’Angleterre de l’emporter. Les choses s’étant déroulées assez vite les trois premières journées, on n’était même pas sûr que les Anglais parviennent à tenir jusqu’à la fin sans être tous éliminés, ce qui aurait donné ce qu’on appelle un draw, un match sans résultat final.

Une équipe anglaise plus qu’à la peine

Et ça avait vraiment mal commencé ce retour à la batte, en cette dernière session du troisième jour. Dès le 5ème over, le lanceur rapide Hazelwood élimine le batteur n°2 sur la liste anglaise, Rory Burns, remplacé par Joe Denly. Nous en sommes alors à 15 runs pour 1 éliminé. À l’over suivant, c’est le tour du n°1, Jason Roy, remplacé par le capitaine Joe Root. Aucun run n’ayant été marqué, nous voilà donc à 15/2. À ce rythme-là, on peut craindre que l’Angleterre n’atteigne même pas les 50 points avant d’être tous éliminés avant la fin de la journée. Ça sent la déroute.

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Joe Root en juillet lors de la victoire en coupe du monde ODI à Londres

On peut reprocher (et on reproche) beaucoup de choses à Joe Root, mais c’est un excellent batteur, intelligent, qui sait être prudent et avec suffisamment de charisme pour transmettre à son partenaire le sens de cette prudence : marquer à coup sûr et ne pas s’emballer après un 4 (balle hors du terrain) ou un 6 (balle hors du terrain, mais sans avoir touché le sol avant de sortir). Et progressivement, les deux Joe vont marquer et résister et user les lanceurs australiens. C’est au 59ème over que Denly finit par être éliminé sur un lancer d’Hazelwood (encore lui !) et un arrêt de volée de Paine. Il venait juste d’atteindre son demi-century soit 50 courses. Root, pour sa part, en était déjà à 64 et l’Angleterre à 140/3. Ben Stokes fait son entrée.

Lui aussi joue prudemment et même très prudemment. C’est manifestement une consigne qui a été donnée par Root. C’est ainsi qu’on arrive à la fin de la troisième journée avec une Angleterre à 156/3, un Joe Root à 75 et un Ben Stokes à… 2.

Si l’espoir est revenu, le ciel reste quand même lourd de nuage. Avec Stokes, on en est aux « polyvalents », aux « all-rounders » en anglais, c’est-à-dire à des joueurs aussi bons au lancer qu’à la batte, mais susceptibles du coup d’être de moins bons batteurs que leurs coéquipiers spécialistes de la batte et qui ont tous été éliminés, à l’exception de Root. Que se passera-t-il si Root est à son tour hors course ? Cela rend les supporters australiens optimistes et ceux anglais prudents, pour ne pas dire très réservés sur les chances de victoire de l’Angleterre.

Un petit espoir, une grande incertitude…

Quand commence le quatrième jour, il fait beau et chaud, et même plus chaud que la veille. Pas le moindre nuage, donc pas le moindre risque de pluie, qui pourrait interrompre le match et laisser un répit aux joueurs anglais pour ne pas tous être éliminés avant la fin du match prévue pour le lendemain. Comme nous dit un des jeunes chargés de surveiller les entrées : « J’espère bien qu’ils vont tenir jusqu’à demain, sinon je ne serais payé que pour 4 jours et non 5. » 20 % de salaire en moins. Merveille de la précarité sociale…

L’ambiance était donc inquiète, sauf du côté des supporters australiens, qui n’étaient pas tous regroupés dans une tribune spéciale ni habillés en veste verte et panama jaune. Mais le Yorkshire reste fou de cricket. Et le groupe des abonnés du stade se mit à lancer slogans et chants. Néanmoins, au lieu de crier « England ! », ils hurlaient « Yorkshire ! ». Il est vrai que Root était à la batte et fait partie des murs.

Une fois fini le magnifique chant « Jerusalem », le match recommence.

Prudence est mère de sûreté

La prudence est toujours de mise même si certains craignent de voir Stokes se lancer dans un jeu tout feu tout flamme comme il a parfois tendance à le faire. Certaines mauvaises langues disent que Root est prudent pas tant pour sauver son équipe que sa place de capitaine. Quelle que soit la raison, tout le monde est d’accord, la prudence est la seule voie de sortie pour l’Angleterre. En tout cas, il s’agit surtout de jouer intelligemment. Ce n’est, malheureusement pour l’Angleterre, pas le cas pour le Brexit. Mais passons…

Nous en sommes au 75ème over. Pattinson face à Root. Root tient le choc mais ne marque rien. C’est maintenant au tour de Stokes face à Hazelwood. Il ne faiblit pas, mais il est touché par la quatrième balle au casque. Bien qu’un peu sonné et après un rapide examen du docteur, il reprend sa place. Là aussi pas de point.

C’est sur une balle agressive, lancée par Archer lors du deuxième match, comme celle-ci que le capitaine australien Smith en voulant esquiver avait été frappé au cou. C’est ce genre de balle qui avait provoqué l’embolie cérébrale de Hugues et son décès dans l’heure qui suivit malgré tous les soins prodigués immédiatement sur place. C’est aussi ce qui faisait que Smith n’était pas présent au cours de cette partie. Il le sera lors de la quatrième rencontre des Ashes.

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Ben Stokes power

Mais Stokes est solide. Il est même un peu bagarreur, ce qui lui a valu quelques démêlés avec la justice à la suite d’une bagarre de bar au cours de laquelle il s’était battu. Heureusement pour lui, il avait été démontré par de multiples témoignages qu’il avait été agressé et s’était défendu. Mais moralité oblige, il avait été écarté de l’équipe anglaise, ce qui l’avait profondément démoralisé. À son retour cependant, il s’était littéralement métamorphosé et avait récupéré toute sa place, voire davantage. Joueur au tempérament fougueux, il avait été, au mois de juillet, un des artisans de la victoire de l’Angleterre lors de la coupe du Monde de One Day International et de sa stupéfiante victoire à l’arraché contre la Nouvelle-Zélande en finale à Londres.

Mais là il s’agissait de retenir sa fougue. Encaisser et résister, tel était le maître mot. et Hazelwood ne l’avait pas fait craquer. Ensuite, Root marque un run, à l’over suivant, contre Pattinson. Ce dernier n’ébranle toujours pas Stokes.

Et c’est là qu’intervient le lanceur à effet australien Nathan Lyon, un des meilleurs au monde dans le genre. Avec sa petite course étrange où il fait trois pas en avant comme pour se lancer puis un piétinement et le voilà qui prend appui sur sa jambe gauche et envoie une balle bien vicieuse qui opère une courbe en l’air avant de rebondir de manière toute aussi tordue et prendre un angle inattendu face auquel il faut de la part du batteur toute son attention pour ne pas se trouver contourner par une balle terminant sa course contre les piquets du guichet ou bien contre le corps du batteur faisant obstruction (jambe devant le guichet) ou encore frôlant ou touchant l’arête de la crosse et provoquant du coup un arrêt de volée. À la troisième balle, Root craque et dévie la balle dans les mains de l’Australien Warner.

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Nathan Lyon, aucun lien de parenté avec la ville

Une paire étonnamment rassurante

Tout le public est pétrifié, à l’exception des supporters australiens, qui laissent éclater leur joie. Mais le public se reprend et applaudit un autre enfant du Yorkshire, Jonny Bairstow. Et les cris « Yorkshire ! Yorkshire ! » reprennent de plus belle, repris par tous, y compris nous, ainsi que nos deux voisins écossais, qui jusqu’ici étaient restés sur la réserve. Tout cela est renforcé par le fait que les Anglais ne doivent plus marquer « que » 200 courses pour gagner. Les cris se calment et nos Écossais reprennent leur réserve.

Et Lyon sur sa cinquième balle concède un run de la part de Bairstow. L’enthousiasme redémarre ainsi que les cris sus-dits. Et voilà que sur sa sixième, c’est Stokes qui lui en prend un. Et ainsi au 78ème over, l’Angleterre a 160/4 et besoin de 199 runs pour gagner, Stokes 3 et Bairstow 1.

En fait, « pour être honnête » comme aiment à dire les Anglophones (ce qui dans l’ensemble ne présage jamais rien de bon), plus personne ne croit à une victoire de l’Angleterre. Tous ses supporters ne désirent qu’une seule chose qu’ils tiennent. La question que se posent les Australiens mais qu’essayent de chasser de leurs esprits les Anglais, c’est : « Quand vont-ils craquer ? »

Et ils tiennent ! Mieux, durant 21 overs, ils forment une paire solide, prudente, marquant à eux deux à la fin du 99ème over, 71 courses, ce qui amène l’Angleterre à 245/4, soit à 114 courses de la victoire. Les joueurs australiens commencent à devenir tendus.

Cela n’empêche pas des enfants de venir leur demander des autographes sur le bord du terrain entre deux lancers ni les échanges du public avec eux. Devant nous, sur le terrain, se trouve l’Australien Travis Head, parfois gardien de guichet, mais surtout batteur. Il occupe la position de barrière (deep en anglais) dont l’espace se trouve à angle droit de la piste côté fermé. À un moment donné, le capitaine australien lui fait des signes pour qu’il se place un peu plus en avant, puis un peu plus en arrière. Évidemment, le public se met à lui donner des ordres contraires, histoire de rigoler. Le public est d’autant plus taquin que Head a souvent joué avec l’équipe du Yorkshire County Cricket Club. De nombreuses personnes le connaissent. Une femme va même jusqu’à lui dire : « What a nice ass ! » (Quel beau cul ! ), et Head de se passer langoureusement les mains sur les fesses. Et tout le monde de rire.

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Bairstow and Stokes, un vrai duo au nom de série policière US

L’inquiétude revient

Au 100ème over, Hazelwood finit par éliminer Bairstow qui, après une tentative de coupe, a vu sa balle être arrêtée de volée par Labuschagne, joueur d’origine sud-africaine et d’ascendance française, ce qui nous vaut une question de l’un de nos voisins écossais sur la prononciation française de ce nom. Les Australiens exultent, en particulier, juste dans la rangée devant nous, quatre jeunes, probablement étudiants, qui se remettent à espérer. Car, effectivement, l’espoir semble changer de camp.

C’est Butler qui arrive. Il n’est pas trop mauvais à la batte, mais ce n’est pas vraiment un grand dans le domaine. Et deux overs plus tard, ce que tout le monde craignait ou espérait, selon les cas, il est éliminé après avoir marqué un tout petit run.

Il faut encore 106 runs à l’Angleterre pour gagner. Certes tout reste possible, mais les probabilités de victoire anglaise en ont pris un coup dans l’aile, car après Butler, ce sont avant tout des lanceurs qui arrivent, donc peu de points en perspective et des victimes potentielles livrées à leurs équivalents australiens.

Chris Woakes le remplace. Il tient un over de plus que Butler et se fait éliminer sur la sixième balle du 106ème over après avoir marqué, lui aussi, un seul petit run. Là le désespoir commence à pointer son sale petit nez parmi les supporters anglais. L’Angleterre est à 261/7 et doit marquer pour gagner 98 courses. Et désormais, avec le nombre d’éliminés qu’elle concède, il lui faut impérativement gagner. L’heure n’est plus à la résistance, mais à viser la victoire. Cela reste possible, mais devient de plus en plus difficile.

Super Jof

Alors pour faire face, tous les slogans et chants redémarrent et Archer fait son entrée sous une salve d’applaudissements anglais et de huées australiennes, ces derniers se souvenant que c’est lui qui a écarté provisoirement le grand batteur australien Smith de la série des Ashes. Il a une moyenne de 30 runs marqués en test, ce qui est très peu. Il est jeune et agressif. Tout le monde pense qu’il va être éliminé rapidement.

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Super Jof

Les lanceurs australiens se ruent à l’assaut, mais, ô surprise, Archer ne se démonte pas et durant 3 overs et 4 lancers, la paire ne marque aucun point, mais garde tout son sang-froid. C’est ainsi qu’à la cinquième balle du 109ème over, Archer marque son premier run, et au lancer suivant, c’est Stokes qui en marque deux, le tout contre Pattinson.

Les Australiens décident alors de sortir l’artillerie lourde contre Archer. C’est Cummins qui monte au créneau. Cummins est un lanceur des plus agressifs, plus encore qu’Archer ou Hazelwood. Son objectif est de briser la surprenante cuirasse d’Archer à la batte. Ce dernier, remarque alors un observateur, joue avec une montre, ce qui est peu commun. Peut-être les Anglais espèrent-ils encore maintenir une ligne de résistance et qu’Archer regarde où on en est du temps qui reste à jouer.

Nous en sommes alors à la deuxième session du quatrième jour. Comment les Anglais peuvent-ils encore penser tenir contre les lanceurs australiens durant plus de quatre sessions de deux heures chacune minimum avec désormais aussi peu de moyens ?

Mais Cummins se casse les dents. Il encaisse un quatre, puis un run de la part d’Archer. Et le public de chanter : « Super, super Jof, super Jofra Archer ».

À l’over suivant, c’est Pattinson qui s’y colle et rien y fait. Il ne concède aucun run, mais Archer reste inébranlable. Alors, on essaye Lyon et les lancers à effet. C’est Stokes qui est là et, boum, quatre runs de plus dans l’escarcelle anglaise. Puis, à nouveau Pattinson face à Archer, même résultat qu’avant : pas de run, mais Archer ne bouge pas. Alors on remet Lyon, qui concède un run à Stokes, mais ensuite deux 4 face à Archer. Celui-ci en est donc à 15 runs d’inscrits à son compte. Mais à la 6ème balle du 114ème over, Lyon élimine Archer.

Il faudrait un miracle

L’Angleterre se retrouve alors à 286 runs marqués pour 8 éliminés. Il lui faut 73 runs pour gagner. Cela semble faisable, mais les prévisions les plus optimistes nous amènent, au rythme où vont les choses à une fourchette entre 317 et 357 courses, soit juste en dessous des 359 nécessaires. Si l’Angleterre n’accélère pas son tempo par rapport à son taux d’élimination, c’est fichu.

Broad vient prendre la place d’Archer. Broad, c’est simple, c’est un lanceur, point barre. Il ne faut rien attendre de lui en matière de marque de runs. Et dès la deuxième balle, Pattinson n’en fait qu’une bouchée. Et Broad se prend comme un dit un duck, un canard, un zéro pointé.

Arrive alors Leach, encore plus mauvais batteur que Broad, c’est dire. Plus personne n’y croit. Il faudrait un miracle. Mais nous sommes dans le Yorkshire et les miracles existent dans cette superbe région. En témoigne cette histoire :

Un pauvre homme qui vivait dans le petit village d’Upsall dans les collines d’Hambledon entendit un jour une voix lui dire d’aller à Londres et de se tenir en plein milieu du London Bridge où quelque chose de merveilleux lui arriverait. Notre homme s’y rend, fait les 4 à 500 kms qui le séparent de la capitale, fait divers métiers, puis arrive au pont. Il ne se passe rien. Arrive alors un jeune homme, qui entame la conversation avec lui, s’aperçoit qu’il vient du Yorkshire, lui dit que lui-même y a habité, à York, précisément, qu’il en garde un très bon souvenir, puis lui demande pourquoi il est là. Notre homme d’Upsall lui parle alors de la voix. Le jeune homme lui dit alors que lui c’est un rêve qui le hante toutes les nuits. Il rêve qu’il entre dans la cour d’un vieux château où se trouve un arbre, qu’il creuse au pied de cet arbre et découvre un trésor et un nom revient sans cesse : Upsall. Le jeune homme ne sait pas à quoi cela correspond, mais notre homme, lui, comprend qu’il lui faut rentrer chez lui. Il rentre, va dans le château, trouve l’arbre, creuse et déterre un pot rempli d’or. Il l’emmène chez lui et sa vie, bien sûr, s’améliore, mais au bout d’un moment l’or est pratiquement tout dépensé. Et quand les dernières pièces disparaissent du pot, il découvre une inscription bizarre qu’il ne parvient pas à déchiffrer. Il va voir le pasteur, qui lui aussi n’arrive pas à comprendre ce qu’il y a d’écrit. Alors, il décide d’aller mettre le pot au clou. Le prêteur sur gage est un Juif de York, qui, quand il examine le pot, lui dit : « Garde-le ! Tu n’as pas besoin de mon argent. » Notre homme commence à s’énerver. L’autre lui dit alors : « Ce qu’il y a d’inscrit au fond du pot, c’est de l’hébreu. Et ça dit : Regarde en dessous, il s’y trouve le double de ce qu’il y a là. Tu as la faveur de Dieu. » Notre homme retourne donc à l’arbre, creuse à nouveau et trouve un nouveau pot deux fois plus gros que le précédent. Et quand il le déterre, il enlève l’or et y voit la même inscription que dans le pot précédent. Il se garde bien de toucher au troisième. Au Yorkshire, on garde toujours quelque chose en réserve, en cas de pluie.

Et voilà, au Yorkshire, si l’on suit la petite voix qui vous parle, on peut avoir un miracle. Et c’est ce qu’a fait Stokes en ce vingt-quatrième jour du mois d’août de l’an 2019 de l’ère commune sur le terrain du Cricket Stadium d’Headingley, Leeds, Yorkshire, Angleterre, etc. Il demande à changer de batte. Il en prend une plus lourde, une que l’on n’utilise que très rarement en test ou en county, mais excellente en T20 ou en One Day. Elle permet d’envoyer loin la balle. À 286/9, il n’y a plus rien à perdre. Ça passe ou ça casse.

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Jack Leach the survivor

Et Stokes marcha sur les eaux…

Et voilà notre Ben Stokes qui se met à faire des 6, des 4, des 2 et des 1 uniquement, la plupart du temps, juste sur la dernière balle, pour éviter que Leach se retrouve à la batte. Et devant un public médusé, enthousiasmé, se pinçant pour y croire, il déstabilise totalement les chasseurs australiens.

Les lanceurs australiens se trouvent complètement désarçonnés. Ils ne savent plus quoi faire. Ils alternent les lancers rapides et les lancers courts à effet. Le problème est qu’ils s’épuisent.

Si Cummins, Hazelwood et Pattinson se relaient (et sur la fin le dernier seulement), au lancer court, ils n’ont que Lyon, qui, même en usant de toute sa science du cricket, ne trouve aucune solution. Pire ils perdent leurs deux challenges et se voient privés de toute possibilité de demander une révision d’une décision arbitrale.

Leach ne marque rien, ne tente rien et les quelques fois où il se retrouve à batter, il ne fait que repousser la balle en attendant le changement d’over et que Stokes prenne le relais. Cela aussi énerve les Australiens. Et en 10 overs, tout est renversé.

Alors qu’il ne manque plus que deux runs pour gagner, les Australiens réclament une jambe devant le guichet, une obstruction que les deux arbitres refusent. Les Aussies n’ont plus de recours. Or, nous verrons ensuite que, selon le calcul de courbe faite par la machine, il y avait bien obstruction. Cela sera néanmoins contesté, certains jugeant la trajectoire choisie par la machine comme impossible après le rebond. Toujours est-il que si les Australiens n’avaient pas paniqué et utilisé de travers leurs demandes de révision, ils auraient obtenu gain de cause, le troisième arbitre suivant toujours les indications de la machine.

Ils auraient ainsi remporté le match.

En un peu moins de 10 overs, Stokes a marqué 75 runs, Leach qu’un seul, mais qu’il fut décisif celui-là. C’est lui qui donna l’égalité de points avec l’Australie et la main à Stokes qui, dans la foulée, inscrivit 4 autres points.

Les deux explosent alors de joie.

Le public explose de joie.

Sous le soleil écrasant de ce 24 août 2019, qu’il fut bon de prendre des coups de soleil.

On y était. On y était. On y était.

Leeds, 25 août 2019.

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2 réflexions sur “Inside Ashes 2019 à Headingley : On y était !

  1. Merci. J’espère qu’il t’a plu. Perso, je viens de le relire. Je suis très content de l’avoir écrit, car en le relisant j’ai vraiment eu l’impression de repartir à Headingley. Quant à toi, tu ne devais pas aller à NYC ?

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