Le cricket anglais à la dérive

Le Yorkshire County Cricket Club est à la dérive. Ses sponsors l’abandonnent. La totalité de son équipe d’entraîneurs est virée. C’est là un traumatisme pour le cricket anglais, qui ne pourrait se comparer qu’avec un effondrement au football d’un club comme le Bayern de Munich. La cause ? Le racisme. Plus précisément un racisme institutionnel, qui s’avère être répandu bien au-delà de Leeds et du cricket.

J’ai eu durant longtemps du mal à comprendre les règles du cricket. À chaque fois que j’avais l’occasion, lors de mes séjours en Angleterre, de voir en passant un match à la télévision et que je demandais à un ami de m’expliquer, j’avais droit à deux types de réponses : la première : « laisse tomber, tu es Français, tu ne comprendras jamais » ; la deuxième : « laisse tomber c’est un sport de poshboys, on s’en fout ». De retour en France, le caractère confidentiel du cricket me faisait oublier mon questionnement. Mais l’intrigue continuait de circuler dans ma tête jusqu’au jour où, par le miracle du jeu informatique (Béni soit Brian Lara), j’ai pu commencer à comprendre un jeu, somme toute, assez simple.

Quelques années plus tard, racontant mon histoire à un jeune joueur d’origine pakistanaise du PUC, celui-ci réagit ainsi : « Un jeu de bourges, le cricket ? » Il est vrai que, quand on voit le nombre de clubs de cricket dans une ville comme Karachi, sa réaction était toute naturelle. Mais elle n’était pas tout à fait juste.

Le cricket, un sport impérial

Si au Pakistan, le cricket est un sport des plus populaires, à l’image du football en Europe, il n’en a pas toujours été ainsi et, chez son voisin, l’Inde, il a longtemps été supplanté (et l’est toujours en partie) par le hockey sur gazon. Le cricket est resté en Asie du sud, comme d’ailleurs aux Caraïbes et en Afrique, durant longtemps un sport réservé aux classes supérieures intégrées au sein des institutions de l’Empire. Il a même été un outil pour asseoir la domination impériale britannique.

Ranjitsinhji, maharadjah du Nawanaghar, fidèle partisan de l’Empire et grand cricketeur, aussi bien pratiquant que théoricien, sous le nom de Ranji.
 

En effet, contrairement à l’idéologie colonialiste française, l’Empire britannique n’a jamais prétendu apporter la civilisation par l’éducation aux populations des pays qu’il dominait. Sa conception était plus « hiérarchisée ». La simple conquête des classes supérieures devait suffire. L’Empire leur apportait la sécurité par sa présence, ou du moins son encadrement militaire. Pour le reste, à charge à elles de s’occuper des populations et de permettre aux affaires de se faire.

Si la pratique coloniale française reposait sur des notions « d’égalité universelle », loin d’être réelles sur le terrain, bien au contraire, celle britannique avait pour origine la structure semi-féodale du Royaume-Uni.

Un reflet d’une réalité sociale

L’État et la société britanniques sont le fruit d’un compromis passé au XVIIe siècle entre la bourgeoisie et l’aristocratie. Progressivement, cette dernière a vu son pouvoir s’éroder au point que, à ce jour, la Chambre des Lords n’a plus de réels pouvoirs. La révolution industrielle et, avec elle la montée de la classe ouvrière, a contraint à toutes sortes de concessions parfois très importantes sur le plan social, surtout après 1945, que même Margaret Thatcher n’est pas parvenue à faire disparaître, comme le National Health Service.

Mais une grande fragmentation sociale est restée, ainsi que toute une idéologie hiérarchique alimentée par le fait que l’aristocratie reste une grande propriétaire foncière qui se manifeste dès que vous voulez acheter un logement ou une maison. La maison vous appartient, pas le terrain, et il vous faut payer une dîme pour pouvoir disposer de celui-ci au maximum durant un siècle moins un jour.

Cette hiérarchie pourrait se résumer ainsi : tout en haut, vous avez la reine, puis les lords de naissance, puis les lords au mérite (anoblis à titre personnel par la reine), puis le « peuple » lui-même hiérarchisé en Anglais, puis Gallois et Écossais, puis Irlandais, puis Australiens, Sud-Africains blancs, Néo-Zélandais, puis Indiens, Africains (non-blancs) et Caribéens. Ces distinctions d’origine se retrouvent aussi au sein des classes supérieures parmi les lords à titre personnel. Bien évidemment, cette hiérarchie n’est pas écrite, mais elle est réelle, quoique modifiable selon l’épaisseur de votre portefeuille.

Cricket, écoles privées et garçons gâtés

Là où elle est particulièrement visible, c’est dans le domaine de l’éducation. Les Public et Grammar Schools, à savoir les écoles privées, ainsi que des universités comme Oxford ou Cambridge, sont les lieux de formation de « l’élite » et exigent des moyens financiers hors de portée de l’immense majorité du public britannique. Cela est à peine atténué au niveau universitaire par l’octroi de bourses.

Eton College, fabrique à poshboys

Ce secteur privé est sans commune mesure avec ce que nous pouvons connaître en France. Ses moyens sont infiniment supérieurs à ceux de l’éducation publique. Et c’est en son sein que se forme une grande partie des futurs députés et ministres britanniques. Tous les dirigeants du parti conservateur en sont issus, ainsi qu’une partie, mais moindre, du parti travailliste. À l’entrée de l’école privée d’Eton se trouve l’impressionnante liste des premiers ministres qui ont été formés en son sein. Cette minorité de la jeunesse britannique, si elle partage le sentiment de supériorité que l’on retrouve chez les diplômés des grandes écoles françaises, est une « élite de naissance », ce qui vaut à ses membres le surnom de « poshboys », garçons gâtés.

Le cricket joue un rôle essentiel dans la formation idéologique de ces poshboys. Dès lors, il n’y a rien d’étonnant à ce que l’immense majorité des membres de l’équipe nationale d’Angleterre de cricket (et le plus souvent la totalité) soit issue des écoles privées, ainsi que le révélait une enquête du Wisden voici quelques mois. Seule une poignée de joueurs sont issus du milieu des « chavs » , pour reprendre le terme méprisant par lequel cette élite désigne la classe ouvrière et plus largement les classes populaires.

Amateurs contre professionnels

Cette situation s’est longtemps traduite par une distinction entre joueurs amateurs et professionnels. Les premiers étaient ceux dont les revenus étaient issus de rentes, de propriétés foncières ou industrielles, etc. Les seconds dépendaient uniquement des salaires qui leur étaient versés lors des matchs. Quand ils étaient en tournée, ils ne voyageaient pas dans les mêmes classes et n’étaient pas logés dans les mêmes hôtels. Ils ne partageaient même pas les mêmes vestiaires (quand les professionnels avaient droit à ces derniers).

C’est à la suite d’une série de défaites cinglantes face à l’Australie, au traitement plus égalitaire entre les joueurs, que, dans les années 1920-1930 les choses changèrent pour finir par la disparition de la distinction amateur/professionnel dans les années 1950. Mais, en fait, la différence de classe, elle, ne disparut pas pour autant. La fin de la distinction correspondait en fait à une professionnalisation généralisée du sport.



George Lohmann, en 1896, lanceur du Surrey, socialiste à l’initiative du premier mouvement revendicatif contre la dictature des « amateurs ».

Les professionnels, qui, jadis, composaient la force de frappe au service des amateurs, étaient au début du cricket moderne issus de la classe ouvrière. Des équipes avaient été constituées avant la création des championnats à des fins de paris et des investisseurs y avaient trouvé une bonne occasion de profit. C’est ainsi que se multiplièrent les compétitions, en particulier dans le nord et que le cricket acquit une grande popularité, principalement dans le Lancashire et surtout le Yorkshire qu’il marque encore aujourd’hui de son empreinte.

Les professionnels s’imposent, mais la hiérarchie demeure

Les amateurs de l’équipe d’Angleterre furent longtemps désignés directement par le Marylebone Cricket Club, plus en fonction de leur position sociale que de leur qualité en tant que joueur. À partir des années 1920, le résultat devint plus important que la représentation sociale et les professionnels prirent plus de poids. Mais, en même temps, les professionnels furent de plus en plus issus des écoles privées.

En outre, l’affaire du « bodyline », dont la dangerosité choqua à travers tout l’empire, allant jusqu’à servir de prétexte à des mouvements de boycott des produits anglais en 1933, amena le pouvoir politique à mettre son nez dans les affaires du cricket. La question du contrôle et de l’encouragement à la formation de cricketeurs de haut niveau dans les « Public Schools » dut probablement jouer un grand rôle dans cette mutation des professionnels.

Cette tendance à l’intégration des professionnels de niveau international au sein de « l’élite » et le recrutement privilégié des membres de l’équipe d’Angleterre dans les écoles privées ne cessa de s’accentuer. Si, aujourd’hui la fédération anglaise, ECB, cherche, à l’instar d’autres sports, à détecter de jeunes pousses, sitôt celles-ci repérées, elle les oriente vers des écoles privées, quitte à les couper de leurs racines sociales. C’est ainsi que nous aboutissons à ce paradoxe que, dans le Yorkshire où le cricket est non seulement des plus populaires, mais est indissociable de l’identité locale, un scandale a secoué, avec l’effet d’un véritable tremblement de terre, le club du comté.

La crise du Yorkshire CCC

Ancien capitaine de l’équipe d’Angleterre des moins de 19 ans, Azeem Rafiq est né au Pakistan mais a grandi dans le Yorkshire. Après deux ans à jouer pour le Derbyshire, il est revenu en 2012 au Yorkshire County Cricket Club. Il fut capitaine de l’équipe T20, premier Asiatique à tenir un tel poste. Mais c’est alors que les choses commencèrent à se dégrader. En 2015, il repartit dans le Derbyshire, puis revint dans le Yorkshire de 2016 à 2018.

Azeem Rafiq, polyvalent du Yorkshire CCC, en 2017, date à laquelle il porte plainte pour racisme.

En 2017, Rafiq se plaint d’injures racistes à son encontre au sein de l’équipe. Rien ne se passe. Il finit par déposer une plainte officielle l’année suivante. Aussitôt, un de ses anciens coéquipiers Ran Naved ul-Hasan, reparti au Pakistan, lui apporte son soutien et dit avoir subi la même chose et avoir choisi de ne pas rester au Royaume Uni. La réaction de la direction du club, elle, est éloquente. Alors que l’épouse de Rafiq a donné naissance à un bébé mort né, Rafiq, de retour au club, est emmené dans une petite pièce et, en guise de condoléances, a droit à une volée de bois vert pour avoir osé porté plainte.

Il faut attendre 2020 pour que la direction du YCCC se décide enfin à faire son enquête face aux rumeurs persistantes le concernant à ce sujet. Une commission indépendante est organisée. Elle remet son rapport en août dernier, mais la direction du YCCC décide de ne pas le rendre publique. Le joueur Garry Ballance y est nommément désigné comme auteur de propos racistes, ce que celui-ci reconnaît. Mais le rapport considère ceux-ci comme de l’ordre de la « plaisanterie amicale ».

Cachons ce racisme que nous ne saurions voir

Alors que Rafiq a fait état de 45 actes racistes à son encontre, le rapport n’en reconnaît que sept : pas de nourriture halal lorsqu’il était junior dans le club ; avant 2010, trois cas de harcèlement verbal à caractère raciste ; avant 2012, un ancien entraîneur reconnu coupable d’avoir employé régulièrement un langage raciste ; multiplicité des blagues sur sa religion accompagnées de référence à son physique ; enfin, apathie du club face au racisme, particulièrement contre les musulmans dans le stade.

La mise au secret de ce rapport, qui fuite partiellement, soulève un tollé à l’échelle nationale au point qu’une commission parlementaire est organisée pour permettre aux gens de témoigner publiquement sans le risque légal d’être poursuivi pour diffamation devant les tribunaux.

Ballance fut le premier à reconnaître les propos racistes.

Deux hommes sont officiellement désignés comme auteurs de plaisanterie et harcèlement racistes : Garry Ballance, qui a reconnu les propos et s’en est excusé, et Michael Vaughan, journaliste, qui a reconnu avoir émis des tweets racistes qu’il « regrette », mais nie avoir déclaré en 2019 à propos de joueurs du sous-continent indien, qu’ils étaient « trop nombreux, il faut qu’on fasse quelque chose à ce sujet », propos corroborés par Rana Naved ul-Hassan. Vaughan, à son tour, déclare être « réellement désolé pour tout ce qu’il [Rafiq] a subi ».

Rafiq a justement déclaré que tout ce harcèlement l’avait amené jusqu’au bord du suicide. Si tous ses coéquipiers et le staff du Yorkshire n’ont pas tenu de tels propos, leur indifférence, voire leur refus de voir la réalité en face, ont profondément meurtri Azeem Rafiq.

 

Une indifférence coupable

Joe Root, capitaine de l’équipe test anglaise, est aussi un membre éminent du YCCC. Il était présent lors des agressions verbales raciste, mais il a déclaré ne jamais avoir rien remarqué, alors que des propos comme, à la vue d’un barbu, « tiens, voilà ton père » ou l’utilisation du terme raciste anglais pour pakistanais étaient fréquentes et se faisaient ouvertement devant tout le monde.

Si on est en droit de penser que Vaughan et Ballance produisent des excuses de circonstances, l’aveuglement dont fait état Root est peut-être, quant à lui, sincère. Root est un pur produit de l’ECB. Élevé dans le secteur public de l’éducation, il rejoint le privé à l’âge de 15 ans après avoir été repéré par l’ECB. Protégé de Vaughan, le racisme lui est devenu tellement « normal » et « pas méchant » qu’il ne le relève même pas.

Un racisme devenu intolérable

En fait, ce qui a fait bouger les choses, c’est le mouvement anti-raciste qui s’est développé suite aux meurtres de noirs aux USA par la police et le déboulonnage des statues d’esclavagistes. Il devenait impossible de ne rien voir. Et l’équipe d’Angleterre, au moins durant un temps, s’est mise elle aussi à plier le genou avant les matchs. Et c’est face à ce mouvement que le YCCC a fini par ouvrir une enquête.

Mais c’est aussi surtout face au retrait de plusieurs sponsors et non des moindres, comme Nike, Tetley’s, Yorkshire Tea, David Lloyd Clubs et Harrogate Spring Water que le YCCC a dû commencer à se lancer dans une grande lessive. La pire des défections fut celle d’Emerald Publishing, qui sponsorisait le terrain même d’Headingley, qui s’est vu en outre privé de compétitions internationales par l’ECB.

Le Yorkshire CCC dans tous ses états

Le 5 novembre 2021, le président du YCCC démissionnait. Pourtant, nommé à ce poste seulement depuis 2020, Hutton n’était pas impliqué dans l’affaire. Il fut même à l’origine de la commission indépendante. Ce qui lui était reproché, c’était de ne pas avoir rendu public le rapport de celle-ci. Dans sa lettre de démission, il déclarait : « Le club aurait dû reconnaître à l’époque les graves allégations de racisme. Je suis désolé que nous n’ayons pas pu persuader les membres exécutifs du conseil d’administration de reconnaître la gravité de la situation et de faire preuve de prudence et de contrition. »

Cela dit, la grande lessive a continué. Le 5 novembre 2021, le nouveau président Kamlesh Patel annonçait la levée de toute demande de non-divulgation, qui avait entravé la libre parole de Rafiq, entre autres, la mise en place d’une hot-line pour dénoncer les affaires de harcèlement, le réexamen des procédures et des politiques de l’YCCC en matière de protection des joueurs et du personnel et l’engagement de partager le rapport complet avec les parties intéressées, y compris l’ECB, Rafiq et les députés.

Dans la foulée, deux autres joueurs rapportaient avoir été victimes de harcèlement raciste à l’académie de cricket du Yorkshire.

Le 9 novembre, Andrew Gale, entraîneur en chef du YCCC, était suspendu, suite à la révélation d’échanges de tweets racistes émis en 2009, qu’il avait pris soin d’effacer, mais pas son interlocuteur. Par la suite, Moxon, le manager, mis en cause à plusieurs reprises et Gale étaient démis de leur fonction, ainsi que la totalité du personnel entraîneurs, soit 16 personnes au total.

Après le Yorkshire, l’ECB ?

Si les choses ont l’air de changer dans le Yorkshire, il y a gros à parier que la prochaine structure à devoir faire son ménage sera l’ECB lui-même. En tout cas, c’est ce que pense le journaliste du Guardian Barney Ronay rappelant quelques dates :

* Juin 1998, 56 députés dirigés par Corbyn déposent une motion appelant à l’action l’ECB contre « une culture d’exclusion raciale, de stéréotypes raciaux et d’abus raciaux envers les cricketeurs noirs et asiatiques » ;

* 2005 : le député de Bradford North Terry Rooney dénonce au parlement « le racisme profondément enraciné dans le Yorkshire County Cricket Club ». Le président d’alors du YCCC avait exigé des excuses pour avoir désigné Ismail Dawood comme le meilleur du club des « Pas de chance » [les joueurs tests atteignant 99 sans jamais parvenir au century], Dawood devait un peu plus tard poursuivre l’ECB pour discrimination raciale.

* Moxon, qui fit toute sa carrière anglaise dans le Yorkshire, avant de revenir s’occuper du YCCC, était allé jouer en Afrique du Sud pour l’équipe de Grinqualand West (aujourd’hui Northern Cape) en 1982/1983 et 1983/1984, soit en plein boycott par l’ICC de ce pays pour cause d’apartheid, sans qu’aucune des sanctions prévues dans ce genre de cas lui soient appliquées.

* L’ancien joueur devenu journaliste et commentateur, Michael Vaughan, dans une chronique sur Archer, qu’il reconnaissait ne pas connaître, parue dans le Daily Telegrapĥ, s’appuyant sur des « murmures », des « rumeurs », des « on dit » dépeignait le joueur d’origine caribéenne Archer comme un lanceur qui ne devait surtout pas, de par sa léthargie naturelle, lancer plus de 25 overs par jour et qu’il était dans sa nature de ne pas être jovial, ou dynamique, bref tous les poncifs racistes sur les Caribéens et les Antillais. Pas besoin pour Vaughan de connaître Archer, suggérant par là que, tout le monde le sait, ils sont tous pareils. Ça ne fut pas tout à fait l’avis de la direction de la BBC, qui a supprimé son émission radio sur le cricket. Le même Vaughan s’est trouvé cité dans le rapport de l’YCCC à plusieurs reprises pour discrimination raciale, harcèlement et intimidations.

À ce jour, aucune mesure n’a été prise quant à l’accès en tant que journaliste de Vaughan aux terrains et vestiaires en Angleterre. Quant à sa carrière, elle se poursuit grâce à la très progressiste Fox Sports Australia.

Michael Vaughan journaliste au racisme dénoncé à plusieurs reprises.

Et, durant ce temps, que fait l’ECB face au naufrage du Yorkshire ?

Il communique. Comme n’importe quelle marque commerciale en proie au tourment, il communique. L’essentiel est de sauver l’image de marque.

Comme le dit Root, prenant de facto le rôle de porte-parole : il faut « rendre notre jeu plus diversifié » et « tout le monde à l’aise avec le cricket ». Voilà à quoi se résume pour l’ECB la crise d’un des plus grands clubs de cricket au monde et qui n’est certainement que l’arbre qui cache la forêt.

Joe Root, un des nombreux aveugles et sourds aux souffrances provoquées par le racisme ordinaire.

L’essentiel pour l’ECB, c’est de faire de l’argent. C’est créer et promouvoir toute nouvelle forme de cricket pouvant encourager l’essor du bookmaking, de percevoir une rente grâce à des droits de télévision dont le monopole empêche la diffusion à tout public en dehors du T20 et les tests de l’Angleterre, et tant pis si les terrains de cricket un peu partout se délabrent. Il ne s’agit surtout pas de remettre en cause les fondements sociaux qui sapent chaque jour un peu plus le soutien populaire envers le cricket.

Le racisme mine le cricket anglais et il ne suffit pas d’afficher ici ou là un Archer ou un Rashid et de mettre un genou à terre. La question est : faut-il faire des affaires ou développer le cricket ?

L’ECB a à sa disposition toute une flopée de jeunes enfants, de toutes les couleurs et origines, rêvant de taper un jour la balle au Lord’s. À ne pas faire le ménage en son sein et ne pas mener une enquête sérieuse sur l’état des lieux en matière de racisme dans toutes les structures qu’il encadre ou dirige, y compris les clubs, il prépare des jours mauvais, très mauvais pour le cricket anglais.

Mais l’ECB en a-t-il les moyens ? En gros, l’ECB, pur produit d’une société britannique aux règles de plus en plus surannées, est-elle l’institution à même d’opérer le ménage nécessaire de fond en comble ?

Le racisme quotidien est international

L’aspect positif de la crise du YCCC est de mettre à jour le racisme quotidien que subissent des millions de personnes issues de l’immigration ou migrantes elles-mêmes. Et cela vaut aussi pour notre beau pays à la belle devise « Liberté, égalité, fraternité » si peu respectée.

Combien trouvent normales et anodines ces plaisanteries sur l’origine, la couleur de peau, les stéréotypes concernant les Africains, les Maghrébins, les Juifs, etc. ? Combien pensent qu’il ne s’agit que de taquineries sans conséquences. C’est exactement ainsi qu’avaient commencé les blagues de Ballance avec Rafiq.

Les deux étaient arrivés ensemble à l’YCCC, le premier venant du Zimbabwe. Le fait d’être les deux seuls étrangers de l’équipe les avait rapprochés et des liens d’amitié s’étaient même noués entre eux. Mais la répétition des blagues en privé comme en public a tout érodé. Alors que Ballance, zimbabwéen mais blanc, se trouvait de plus en plus intégré dans le groupe, ces « plaisanteries » excluait progressivement Rafiq jusqu’à ce que celui-ci craque.

Il a fallu la crise pour que Ballance en prenne conscience… trop tard.


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