Loin des Eucalyptus, BD française sur une équipe de cricket aborigène

L’année 2026 commence d’une manière des plus étranges pour les amateurs de cricket en France. Le 7 janvier dernier, les éditions Pictavita (ex-La Boîte à Bulles) ont sorti une bande-dessinée consacrée… au cricket ! Oui, vous avez bien lu, une bande-dessinée française sur le plus anglais des sports. Ou plutôt le plus australien ici car Loin des Eucalyptus, de l’auteur LF Bollée et de l’illustrateur Paul Gros, nous amène dans l’Australie coloniale des années 1860 pour revenir sur l’étonnante tournée en Angleterre d’une équipe de cricket aborigène.

Une histoire qui n’est pas inconnue de nos pages puisque je la relatais déjà sur le site en janvier 2016. En 1868, une équipe de joueurs aborigènes embarque pour l’Angleterre afin de jouer plus d’une quarantaine de matchs face à des équipes locales. Aventure humaine et sportive insolite, cette tournée fut loin d’être un conte de fées. Entre racisme, paternalisme colonial et drames humains, les joueurs aborigènes furent relégués à de simples spectateurs de leur vie durant tout le temps où ils jouèrent au cricket pour des coachs blancs. Ils furent confrontés à la discrimination, au mépris, à l’alcoolisme, à la maladie, parfois même la mort, et à l’exploitation. Ce qui apporta un peu de lumière, c’est la ténacité de ces hommes et leurs exploits sportifs. Ils participèrent à démontrer que le cricket était accessible à tous, et que ni la couleur de peau ni l’origine n’avaient une quelconque valeur une fois sur le terrain.

A ce titre, LF Bollée et Paul Gros ont réussi leur coup, celui de retracer fidèlement cette épopée dramatique sans tomber dans le pathos. Loin des Eucalyptus allie un récit documenté et vivant avec un dessin restituant la dureté de cette époque et de ses protagonistes, qu’ils soient aborigènes, australiens blancs ou anglais, sans se départir d’une certaine légèreté grâce à un trait dynamique.

Le résultat donne une œuvre quasi-documentaire mais avec des ressorts narratifs digne d’une fiction, permettant une lecture rythmée et immersive. On dévore littéralement ce récit en suivant les aventures de Dick-a-Dick, Johnny Mullagh, Twopenny, Sundown, King Cole ou encore Johnny Cuzens. Tragicomédie de la vie humaine et de l’histoire du sport, Loin des Eucalyptus saura vous donner le sourire comme vous arracher quelques larmes.

J’ai toujours pensé que cette aventure faisait partie des histoires de cricket qui permettraient de faire découvrir la culture de ce sport au public français. Loin des Eucalyptus ne me fait pas mentir. Cette bande-dessinée est une parfaite porte d’entrée dans l’histoire et la culture du cricket.


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