La tournée anglaise des Aborigènes de 1868

1878. Cette année-là, une sélection australienne traverse les océans pour rejoindre l’Angleterre pour ce qui est la première tournée à l’étranger d’une équipe considérée comme représentant l’Australie. Pourtant, il ne s’agit que de la deuxième équipe australienne à partir jouer à l’étranger. Une autre sélection de ce pays-continent rallia la patrie du cricket dix ans plus tôt. Une équipe hors-norme pour l’époque car cette équipe était composée essentiellement d’Aborigènes.

Notre histoire commence au début des années 1860 à Wimmera, une région se trouvant dans l’ouest de colonie de Victoria, au sud-est de l’Australie. On y trouve notamment des stations de bétail. Ce sont de grandes fermes d’élevage, semblables aux ranchs américains. De nombreux Aborigènes y travaillent. Les colons britanniques ont apporté avec eux ce bon vieux jeu du cricket et de nombreux matchs sont joués dans les stations de bétails. Les européens y initient les travailleurs Aborigènes. Les compétences athlétiques de ces derniers sont évidentes et l’un des fermiers, William Reginald Hayman, a l’idée de monter une équipe 100 % Aborigène. Pour l’aider dans ce projet, il engage Tom Wills.

Wills a fait ses études en Angleterre dans la prestigieuse Rugby School où il a joué au sport du même nom ainsi qu’au cricket. Après avoir quitté l’école, il intègre différentes équipes prestigieuses comme le Kent CC ou le Marylebone Cricket Club. Ce lanceur acquiert une solide expérience qu’il va mettre à profit lors de son retour en Australie et devenir un héros du cricket australien. Une aura due également à une lettre qu’il écrit en juillet 1858 et publiée par un journal de Melbourne où il appelle à codifier et développer le football local qui deviendra le football australien. Une lettre considérée aujourd’hui comme le point de départ du développement du football australien. Hayman s’est donc attaché les services d’une pointure pour coacher son équipe. De plus, Wills maîtrise le langage Aborigène, ayant grandi auprès du peuple Djab Wurrung dans le Victoria.

L'équipe Aborigène lors du Boxing Day 1866 au Melbourne Cricket Club
L’équipe Aborigène lors du Boxing Day 1866 au Melbourne Cricket Club
Un match de l'équipe Aborigène au Melbourne CC en 1867
Un match de l’équipe Aborigène au Melbourne CC en 1867

Un match est organisé pour le Boxing Day 1866 au Melbourne Cricket Ground. Plus de 8,000 spectateurs se pressent autour du terrain. Un succès qui attire l’attention d’un certain William Broughton-Gurnett, un entrepreneur qui convainc l’équipe de jouer à Sydney puis à Brisbane avant de voyager en Angleterre. À Sydney, devant 5000 spectateurs, l’équipe remporte d’éclatantes victoires face aux équipes de l’armée et de la Navy mais l’aventure n’ira pas plus loin, Gurnett disparaissant avec une partie de l’argent du projet. La tournée est annulée. Ou plutôt reportée.

En effet, le projet n’est pas abandonné et l’équipe trouve de nouveaux financements ainsi qu’un nouveau coach, Charles Lawrence. Ancien professionnel de l’équipe du Surrey, il participa à l’une des premières tournées internationales du cricket, représentant l’Angleterre lors de la tournée en Australie de 1861-1862. Il coache ensuite l’Albert Club de Sydney et diverses équipes Aborigènes jusqu’à devenir le manager de notre fameuse équipe, qui voit alors sa chance de partir en Angleterre revenir.

L’équipe est composée de treize joueurs Aborigènes, de William Reginald Hayman et de Charles Lawrence qui est à la fois coach et capitaine, prenant donc part au jeu.

Johnny Mullagh – traditional name: Unaarrimin

Bullocky – traditional name: Bullchanach

Sundown – traditional name: Ballrin

Dick-a-Dick – traditional name: Jungunjinanuke

Johnny Cuzens – traditional name: Zellanach

King Cole – traditional name: Bripumyarrimin

Red Cap – traditional name: Brimbunyah

Twopenny – traditional name: Murrumgunarriman

Charley Dumas – traditional name: Pripumuarraman

Jimmy Mosquito – traditional name: Grougarrong

Tiger – traditional name: Boninbarngeet

Peter – traditional name: Arrahmunijarrimun

Jim Crow – traditional name: Jallachniurrimin

La troupe quitte Sydney le 8 février 1868 et arrive à destination en mai. L’accueil est des plus mitigés. Les Aborigènes fascinent mais ils sont considérés comme une « sous-race » par rapport aux européens. Darwin a bouleversé le monde en 1859 avec son livre « l’origine des espèces ». Sa thèse sur l’évolution et la sélection naturelle encourage de nombreuses personnes à penser que l’homme blanc est supérieur aux autres représentants de l’espèce humaine comme les Aborigènes. C’est également au 19ème siècle que les exhibitions « d’indigènes » et de personnes atteintes de spécificités biologiques insolites, comme Saartjie Baartman la « Vénus Hottentote », se développent, amenant dans les années 1870 à la création régulière de zoos humains, exhibant les « indigènes » des quatre coins du monde et particulièrement de l’empire britannique.

Affiche créée pour la promotion de l'équipe
Affiche créée pour la promotion de l’équipe

Résultat, le Times parle de leur match prévu au Lord’s comme « d’une parodie de cricket » par « des indigènes conquis d’une colonie de forçats ». Mais le Daily Telegraph a un tout autre point de vue, considérant «  que rien d’intéressant ne vient de là-bas [l’Australie] à l’exception des pépites d’or et des joueurs de cricket noirs ».

20,000 personnes semblent penser la même chose et se rendent à l’Oval pour le premier match de cette inhabituelle équipe de cricket. S’ils étonnent de par leur apparence physique, leurs manières « civilisées » et leur pratique de la langue anglaise étonnent tout autant des anglais qui s’attendaient à voir de vrais sauvages. Il n’en est rien. Plus qu’étonnés, les anglais sont impressionnés par leurs capacités physiques et leurs habilités.

L’équipe va jouer un total de 47 matchs à travers l’Angleterre, entre mai et octobre, face à des équipes amateurs. Leur bilan est plus qu’honorable avec 14 victoires, 14 défaites et 19 matchs nuls. Une opposition de talent auxquels les anglais ne s’attendaient pas.

Le leader sur le terrain est Johnny Mullagh, du peuple Jardwadjali. Il participe aux 47 matchs, frappe pour 1698 courses (runs), lance 1877 séries (overs). Dans 831 séries, il ne concède aucun point (maiden overs). Il procède à 245 éliminations en touchant les guichets (wickets) avec ses lancers et, occasionnellement, sort les jeux qu’il faut pour éliminer autrement ses adversaires. Son talent ne passe pas inaperçu puisqu’il reçoit les éloges d’un des meilleurs lanceurs du cricket anglais de l’époque, Georges Tarrant qui déclare « je n’ai jamais lancé à un meilleur batteur ».

Johnny Mullagh
Johnny Mullagh

Son talent sera également reconnu à son retour en Australie où il jouera brièvement professionnel au Melbourne Cricket Club. Malheureusement, il doit faire face aux différentes discriminations dont sont victimes les Aborigènes comme la règle de 1869 du Central Board for Aborigines qui rend illégal le fait de déplacer un Aborigène de la colonie de Victoria en dehors celle-ci sans un accord du gouvernement. De fait, cette règle va freiner l’expansion du cricket Aborigène au sein du cricket australien.

La discrimination prend également forme sur le terrain et à ses abords. Mullagh participe à un match à Apsley, non loin de Wimmera. La pause pour le lunch arrive et un joueur blanc demande « et au sujet du nègre ? », sous-entendu « horreur, serait-il que le nègre mange avec nous ? ». Le capitaine lui répond « laisse le prendre son dîner dans la cuisine, tout est assez bon pour le nègre ». Bien entendu, Mullagh refuse de manger dans la cuisine et s’en va s’asseoir en dehors de l’hôtel pour protester. Cet exemple est significatif de sa forte personnalité, son indépendance et de son refus des discriminations dont sont victimes les Aborigènes. Toute sa vie, il continuera de jouer au cricket tout en étant un avocat de la cause Aborigène, refusant de demeurer dans les réserves contrôlées par l’État. Il meurt le 14 août 1891, un jour après son 50ème anniversaire.

L’autre star de l’équipe est Dick-a-Dick, l’aîné du chef des Wotjobaluk, peuple aborigène du Victoria. Dick-a-Dick est déjà célèbre avant la tournée en Angleterre. En effet, il s’est illustré durant l’affaire des enfants Duff. Le 12 août 1864, trois enfants blancs se perdent dans le Bush. Leurs traces sont retrouvées le jour suivant mais une tempête les efface. Les traces perdues, les recherches sont abandonnées et les enfants déclarés morts. Mais le 18 août, un proche des Duff demande à Dick-a-Dick, reconnu comme un excellent traqueur, de reprendre les recherches. Avec deux autres Wotjobaluk, ils retrouvent en quelques heures les enfants à l’article de la mort et les sauvent. Les trois Aborigènes deviennent des héros et Dick-a-Dick reçoit le surnom de King Richard. Ils reçoivent une prime de 15£ mais ne peuvent user librement que du tiers, le reste étant donné à leur employeur blanc pour éviter un gaspillage, dans un mélange de paternalisme et racisme.

Dick-a-Dick, le héros dans l'affaire des enfants Duff
Dick-a-Dick, le héros dans l’affaire des enfants Duff

Dick-a-Dick est un excellent athlète. En plus de savoir manier à merveille le bouclier traditionnel et les armes Aborigènes comme le waddy (ou nulla nulla, sorte de hâche de guerre en forme de club), il excelle à la course et au saut en longueur, bien plus qu’au cricket où ses compétences sont moindres. Les matchs de l’équipe sont souvent accompagnés de démonstrations de lancer de boomerang ou de lances traditionnelles.

Mais c’est Dick-a-Dick qui fait véritablement le show. Possédant un œil de faucon et des réflexes aiguisés, il propose à toute personne qui le souhaite de lui lancer des balles de cricket à une distance d’environ huit mètres. Balles de cricket qu’il esquive avec brio ou dévie avec un bouclier de cérémonie étroit (dont on peut retrouver une réplique au musée du cricket du Marylebone Cricket Club, situé au Lord’s). Parfois, il les renvoie à l’aide d’un waddy. Lors d’un match à l’Oval, sept hommes lui lancent en même temps les balles, aucun ne le touche. Durant la tournée, seul un certain Samuel Richardson à Derby, arrive à le toucher. Dick-a-Dick prétextera ne pas être prêt à ce moment-là…

À côté de ça, lui et les autres membres de l’équipe se prêtent à des compétitions sportives avec les locaux. Dans une compétition de javelot, il envoie sa lance à 130 mètres. Il remporte également une compétition de saut en hauteur en franchissant la barre des 1m60, une excellente performance à cette époque (le record du moment est de 1m75, établi en 1866 à Londres par les athlètes John Rouple et Thomas Little). À Nottingham, il remporte la course de 100 yards ainsi que la course de haies de 150 yards malgré une chute. Enfin, lors d’une compétition de lancer de balle de cricket, il propulse la balle à 104 mètres (performance qu’il avait déjà établi en Australie) et est battu seulement par un homme qui la lance à 118 mètres. Cet homme n’est autre que le futur joueur de légende W.G. Grace, alors âgé de 20 ans.

Photo de l'équipe ayant joué le premier match lors du Boxing Day 1866, coachée par Tom Wills
Photo de l’équipe ayant joué le premier match lors du Boxing Day 1866, coachée par Tom Wills

Dick-a-Dick n’est pas seulement un athlète accompli et un excellent traqueur, il est aussi beau garçon. Son charme agit notamment sur une anglaise et l’amour le conduit à faire une demande en mariage. La fille d’Hayman l’apprend et écrit à son père ce qui se trame. Hayman n’est pas du tout d’accord avec ce projet et réussit à convaincre Dick-a-Dick à continuer la tournée.

Peu après son retour en Australie en 1869, sa santé commence à se détériorer. Il travaille comme drover (l’équivalent australien du cow-boy américain), conduisant les bêtes le long de la rivière Murray. Il reste très proche de Charles Lawrence, qui le convertit au christianisme. Respecté, il devient un leader reconnu par les autorités coloniales et reçoit une King plate, une plaque que portent les leaders Aborigènes pour être reconnus comme tels par les colons. Cette nouvelle vie sera de courte durée. Il meurt le 3 septembre 1870, fraîchement baptisé et déclarant voir le visage de Jésus quelque minutes avant son décès.

Harry Bullocky est un autre joueur qui sort du lot. Il occupe généralement le poste de gardien de guichet (wicket-keeper), rôle qu’il laisse parfois à Johnny Mullagh. Son habilité est telle qu’on le compare volontiers à Tom Lockyer, l’un des gardiens de guichet les plus exceptionnels de la roundarm era (une époque du cricket s’étendant du premier quart du 19ème siècle jusqu’au milieu des années 1860). C’était aussi un très bon batteur, possédant la quatrième moyenne de frappe de l’équipe. Toutes ses qualités lui valurent d’être reconnu comme « le Bannerman et le Blackham de son équipe ».

Une belle comparaison quand on sait que Charles Bannerman était un exceptionnel batteur australien. Il fut notamment le premier à frapper un century (100 courses ou plus dans une manche) dans un Test Match, lors d’une confrontation entre l’Australie et L’Angleterre en 1877 à Melbourne pour ce qui est le premier Test Match de l’histoire du cricket. Quand à l’australien Jack Blackham, qui participa aussi à ce fameux match de 1877, il était tout simplement surnommé « le prince des gardiens de guichet », titulaire à son poste au sein de l’équipe australienne de 1877 à 1894. Ces références donnent la mesure du talent de Bullocky qui participe à 39 des 47 matchs de la tournée.

Twopenny, lanceur de balles de cricket de boomerangs
Twopenny, lanceur de balles de cricket de boomerangs

Un autre membre de l’équipe, Twopenny, a marqué l’histoire des siens après la tournée en devenant le premier Aborigène à jouer un match de first class en février 1870 dans une rencontre entre son équipe de New South Wales contre Victoria. Bullocky et Johnny Cuzens, le plus rapide des joueurs de l’équipe, avaient été les premiers Aborigènes à participer à un match entre colonies en janvier 1867 lors de la rencontre entre Victoria et la Tasmanie. Mais le match n’avait pas reçu le statut de first-class. Twopenny était un des lanceurs de l’équipe. Un lanceur rapide dont le lancer était limité car son geste pouvait être considéré comme illégal. Heureusement, le changement dans les Lois du Cricket permettant le lancer par dessus l’épaule lui permet d’exprimer tout son talent durant la tournée.

C’est également un batteur puissant comme le témoigne sa frappe contre une équipe de Sheffield en août. Une frappe si puissante qu’elle s’envole dans le ciel, permettant neuf courses sans que la balle ne soit ramenée et ratée par un défenseur du centre. On parle alors de 9 runs with no overthrows alors que si la balle avait été ramenée vers le batteur mais ratée par un défenseur permettant des courses supplémentaires, on parlerait de 9 runs with overthrows. Que neuf courses aient pu être scorées sans overthrows, cela montre la puissance de la frappe de Twopenny ce jour-là.

Johnny Cuzens, joueur le plus rapide de l'équipe
Johnny Cuzens, joueur le plus rapide de l’équipe

Tous les joueurs ne connaissent pas une tournée pleine de gloire. King Cole meurt en juin de la tuberculose. Son corps repose toujours à Londres au cimetière de Tower Hamlets. Deux autres joueurs, Jim Crow et Sundown, quittent la troupe pour cause de maladie en août. Le reste de l’équipe retrouve l’Australie en février 1869, un an après l’avoir quitté pour une tournée historique. Ils jouent en mars un match contre une équipe militaire puis l’équipe se sépare.

On ne connaît pas le devenir de tous les joueurs. Certains vont continuer le cricket à un haut niveau comme Mullagh ou Bullocky, malgré les obstacles dus à leur origine. Mais ils vont continuer à écrire l’histoire. Un tournoi est même créé en l’honneur de Mullagh, le Johnny Mullagh Memorial Trophy. En 1988, à l’occasion du bicentenaire de l’Australie, une équipe d’Aborigènes part en tournée en Angleterre, retraçant la tournée original de 1868, et un documentaire sur cette incroyable aventure sort en 2002, A fine body of Gentlemen, retraçant l’histoire de chaque joueur et de chaque match.

Voyager à l’époque était un périple encore incertain. Encore plus pour des Aborigènes, enracinés dans leur territoire, pratiquant le jeu des colons et subissant le racisme des blancs. Partir dans un pays si lointain, jouer dans la patrie du cricket, au climat si différent, dans un pays où les blancs étaient partout et les noirs invisibles, devait être quelque chose d’effrayant. Mais paradoxalement, pour ces joueurs épris d’aventure, cela devait être très motivant et une source de fierté que de pouvoir défier, d’égal à égal, ceux qui avaient inventé le cricket et qui les avaient colonisaient, les considérant comme une race inférieure.

Leurs exploits athlétiques et leur niveau au cricket, au-delà des résultats comptables, ont impressionné et sûrement forcé l’admiration de nombreux anglais. Ils ont écrit l’une des plus belles pages du cricket mondial, une aventure humaine unique. Une aventure digne de l’Esprit du Jeu.

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4 réflexions sur “La tournée anglaise des Aborigènes de 1868

  1. Il s’agit là de la toute première équipe australienne à faire une tournée en Angleterre. Si sa qualité fut immédiatement reconnue par les Anglais, ce ne fut pas le cas en Australie à l’époque et il fallut des décennies (1996) pour que des Aborigènes soient intégrés au sein de la sélection nationale aussie.
    Il est vrai qu’il fallut des décennies pour que les Aborigènes, c’est-à-dire la myriade de peuples aux langues et traditions différentes, qui peuplaient l’Australie avant l’arrivée des Européens, soient considérés comme autre chose que des animaux. Ce n’est qu’en 1838 que des blancs furent condamnés pour avoir assassinés des Aborigènes et seulement en 1929 qu’a lieu le dernier massacre. Il a fallu attendre 1962 pour que le droit de vote leur soit accordé, leur reconnaissant ainsi la pleine citoyenneté australienne. Depuis, ils ont obtenu le rendu de terres qui leur avaient été volés.
    C’est dans ce processus que s’inscrit cette magnifique tournée.

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