Affaire Du Plessis : appel rejeté mais sanction ridicule

Nouveau billet d’humeur de notre expert Yves Tripon. Il revient une nouvelle fois sur l’affaire de tricherie présumée de la star sud-africaine Faf Du Plessis et son traitement abracadabrantesque par l’ICC.

Heureusement que le ridicule ne tue pas, sinon le cricket international perdrait une grande partie de sa direction, à commencer par le président de la fédération internationale (ICC), David Richardson ainsi que celui de la Commission du Code de Conduite de l’ICC, « l’honorable » Michael Beloff. Ces derniers ont en effet jugé le capitaine de la sélection test de l’Afrique du Sud, Faf Du Plessis, coupable de tricherie pour avoir mis de la menthe sur la balle lors du deuxième match test contre l’Australie à Hobbart.

Rappel des faits

L’Australie avait été battue lors du premier test. La presse australienne s’était alors déchaînée contre l’équipe d’Afrique du Sud créant un climat de suspicion mais aussi de haine avec des propos pas très éloignés du racisme à l’égard de joueurs comme Imran Tahir. Au deuxième match, à Hobbart, la suspicion est devenue aux yeux des médias une évidence. Du Plessis avait mouillé sa main avec de la salive puis avait frotté la balle, geste tout à fait réglementaire, sauf qu’on entrapercevait fugitivement un bonbon, qui s’est révélé être à la menthe ,dans un coin de sa bouche.

Dès lors, la chose était entendue : le capitaine de l’équipe d’Afrique du Sud était un tricheur qui falsifiait la balle en répandant de la salive mentholée, donc de la menthe afin de provoquer un déséquilibre de la balle permettant d’améliorer les effets donnés par les lanceurs.

Cela permettait surtout aux médias australiens de donner une explication à la défaite de l’équipe nationale, étant donné qu’à longueur de colonnes et d’éditoriaux, ils expliquent à leurs lecteurs et téléspectateurs que le cricket australien est le meilleur du monde. Cette explication leur semblait d’autant plus nécessaire que le cricket dans l’île continent est une affaire qui rapporte beaucoup, un peu à l’image du foot chez nous.

Cricket Australia rien de mal, l’ICC sanctionne, colère sud-africaine

L’affaire semblait tellement saugrenue que la fédération australienne, Cricket Australia, ne pensa même pas à porter plainte. Quand on sait que l’événement du bonbon à la menthe eut lieu alors que l’Australie se prenait une tannée, et devant un arbitre qui n’y trouva rien à redire, on pouvait s’attendre à ce que tout cela se termine par un flop retentissant.

Mais c’était sans compter sur le président de l’ICC, qui, voyant que personne ne prenait l’affaire au sérieux, a voulu faire un coup d’éclat, histoire de montrer combien il est attaché au marché australien. Et il s’est empressé d’annoncer une sanction contre Du Plessis, confortant ainsi les pisse-copies et autres pseudo-journalistes avides de sensationnel et d’explications bidons. Et là encore Cricket Australia ne porta pas plainte, alors que l’intervention de Richardson lui aurait donné toute légitimité.

L’équipe sud-africaine au grand complet, joueurs et staff compris, se fendit d’une protestation et manifestation publique, au cours de laquelle elle manifesta son entière solidarité avec son capitaine. Celui-ci, qui avait tout de suite fait appel contre cette accusation ridicule, se refusa à toute déclaration à une presse mal intentionnée. Ce fut celui, qui avait subi injures racistes et crachats de la part d’énergumènes chauffés à blanc par certains médias, Imran Tahir, qui joua le rôle de porte-parole lors d’une conférence de presse improvisée.

L’ICC : ne pas perdre la face

L’ICC tenta alors de présenter sa décision d’entreprendre des sanctions à l’égard de Du Plessis comme le résultat d’une demande de l’arbitre du match Andy Pycroft. Le problème est que c’est exactement l’inverse qui s’est produit, comme l’a révélé dans un merveilleux lapsus Richardson lui-même. Au lieu de présenter les choses dans le sens de « nous nous sommes rangés à la décision de l’arbitre », voici ce qu’il déclarait en public le 22 décembre :
« Nous sommes heureux que et l’arbitre du match et M. Beloff soient d’accord avec notre interprétation des Lois  (…) ». Tout l’inverse.

Il est bien évident que jamais il ne serait jamais venu à l’idée du président de l’ICC de faire pression sur ses subalternes pour qu’ils abondent dans son sens. D’ailleurs, tout le monde sait que c’est là quelque chose qui ne viendrait à l’idée d’aucun patron, surtout quand celui-ci risque de perdre la face.

Une sanction ridicule

Toujours est-il que la sanction retenue contre Du Plessis frise le ridicule. En toute logique, ayant auparavant fait l’objet d’une sanction contre une tricherie patentée (l’ongle rayant la balle) lors d’un match contre le Sri Lanka, chose que ne contesta pas son auteur et qui fit l’objet d’une suspension de match, cette fois-ci il aurait dû faire l’objet d’une interdiction plus sévère de jouer des matchs internationaux. On pouvait d’autant plus s’y attendre que Richardson avait déclaré être « désappointé » par le fait que Du Plessis ait fait appel de la décision de l’ICC au soir du match incriminé.

Or, la sanction est d’une extraordinaire mansuétude. Du Plessis peut continuer à jouer des matchs internationaux, mais perd tous ses gains faits lors de ce match, ce qui ne concerne évidemment pas ce que la fédération sud-africaine lui verse comme salaire, mais uniquement ce que verse d’ordinaire l’ICC. Mais rassurez-vous, braves lecteurs, Du Plessis ne dormira pas sous les ponts.

Une substance artificielle : ça commence où et ça finit où ?

Il n’en reste pas moins qu’il reste à définir ce qu’est une substance artificielle. Comme l’ont fait remarquer certains, si on peut déterminer ce qu’est une substance artificielle, à quel moment celle-ci, mélangée à de la salive, a-t-elle un impact réel sur la balle et sa trajectoire ? C’est là une question particulièrement difficile, on s’en doute, à déterminer.

Du Plessis a expliqué au cours de l’audience : « À la base, nous utilisons des bonbons pour deux raisons. Une était que ma bouche était très sèche et que je voulais obtenir un peu de salive. Et la seconde est de s’assurer qu’on peut garder la balle neuve et polie aussi longtemps que possible ».
Il a aussi expliqué qu’il avait fait cela toute sa carrière, rejoignant ainsi les propos d’autres capitaines présents et passés à travers le monde, qui, eux, n’ont jamais fait l’objet de sanctions. Cela explique peut-être aussi pourquoi Cricket Australia ne s’est pas jointe à la plainte.

Mais pour Beloff, « si boire du gin est prohibé, ce n’est pas se défendre que de dire qu’il est mélangé à du tonic. » En toute logique, il est à craindre que de nombreux capitaines (ils sont les seuls à pouvoir nettoyer et polir la balle) fassent l’objet de futures sanctions. Et Beloff renvoie que c’est à l’ICC, au Marylebone Cricket Club et à ceux qui établissent les règles du jeu de déterminer où « il faut tracer la ligne et quelle conduite est ou n’est pas considérée offensante au sport du cricket. »

Au-delà du fait qu’il est l’interprète de la loi, comme tout juge, il a raison. Mais peut-être que le problème n’est pas tant de savoir ce qui est légal et ce qu’il ne l’est pas que se poser la question des moyens que l’on se donne de son application.

Pourquoi les capitaines et pas les arbitres ?

Seuls les capitaines ont le droit de nettoyer et polir la balle. Mais si ce rôle, suite à la demande d’un capitaine, revenait à un arbitre. C’est eux d’ailleurs qui détermine si une balle est usée avant le nombre de lancers prévus par la loi et s’il faut en changer ou non. Pourquoi pas leur donner cette tâche ?

Richardson, président d’une des fédérations internationales sportives les plus opaques, a déclaré, sans rire : « C’est le devoir de l’ICC de s’assurer du fair-play sur le terrain de cricket ». Si les arbitres s’étaient occupés du polissage et nettoyage de la balle à Hobart le 22 novembre dernier, les médias australiens auraient peut-être été contraints de reconnaître que les sud-africains étaient supérieurs à leur équipe, un point c’était tout, et le cricket et son « fair-play » s’en serait porté beaucoup mieux.

Une dernière information : si la fédération sud-africaine accepte la décision de l’ICC, elle n’en reste pas moins très critique sur le comportement de ce dernier et continue d’apporter son soutien à Du Plessis tout en réclamant une remise à plat des règles dans ce domaine.


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