Partez à la découverte du cricket avec Lawrence Booth : « si vous comprenez le cricket, les possibilités sont infinies »

[English version at the end]

Pour un-e français-e, il est parfois difficile de s’y retrouver quand on parle de cricket. Les gens le connaissent en tout méconnaissance. Ils identifient le cricket à l’Angleterre et l’Inde. Ils le classent dans la catégorie des sports ennuyeux. Ils le voient comme le sport des nobles anglais. Ces quelques préjugés, et bien d’autres, sont pourtant fort éloignés de la réalité. Il semblait important pour Esprit du Cricket de vous plonger la tête la première dans l’univers du cricket pour le découvrir réellement.

Pour cela, quoi de mieux qu’un spécialiste. Esprit du Cricket a confié cette mission à Lawrence Booth, éditeur du célèbre Wisden Cricketer’s Almanack, surnommé la « Bible du Cricket », chroniqueur spécialisé au Daily Mail et au magazine The Cricketer après avoir officié pour The Guardian, The Observer et Sunday Times.

Alors retenez bien votre respiration, on plonge !

En France, le cricket souffre de plusieurs préjugés qui le rendent impopulaire. Le premier d’entre-eux : c’est un sport ennuyeux. Est-ce vrai ?

Et bien, des millions d’amoureux de cricket partout dans le monde ne seraient pas d’accord ! Le cricket, certainement la version de cinq jours, est plein de nuances, donc il faut de la persévérance pour bien l’appréhender, mais je répondrais que ça le rend plus prenant qu’un sport plus commun. Plus vous vous le regardez, plus il devient intéressant, parce que c’est là que vous pouvez apprécier la psychologie profonde présente dans tant d’affrontements entre le batteur et le lanceur; chaque moment étant le résultat de centaines d’autres moments avant lui. Le cricket, comme tout dans la vie, est ennuyant si vous ne le comprenez pas. Mais si vous le comprenez, les possibilités sont infinies !

Autre préjugé : il serait limité à l’Angleterre et à l’Inde. Est-ce la réalité ? Le cricket existe-t-il en dehors du Commonwealth ?

Il est vrai que les plus gros pays joueurs de cricket, les 10 nations Test, ont toutes pour point commun historique le Commonwealth: l’Angleterre, l’Australie, l’Afrique du Sud, les West Indies, la Nouvelle Zélande, l’Inde, le Pakistan, le Sri Lanka, le Zimbabwe et le Bangladesh. Mais l’International Cricket Council (CIC), la fédération gérant le jeu, a plus de 100 membres dans le monde entier, et le jeu est joué à un haut niveau dans des endroits surprenants, comme la Hollande (qui a battu l’Angleterre deux fois au tournoi mondial Twenty20), la Papouasie Nouvelle Guinée, même la Chine et les USA. La France a une équipe également.

Sachin Tendulkar était à Rio cet été. Certains aimeraient voir le cricket aux Jeux Olympiques. Est-ce envisageable ? Quelles sont les positions sur le sujet des instances telles le MCC, l’ICC et les fédérations nationales majeures ?

Il y a une certaine possibilité de voir le cricket aux JO de 2024 mais l’Inde, la plus puissante des nations du cricket, n’est pas très enthousiaste à cette idée, principalement parce qu’ils ne veulent pas laisser le contrôle de leurs joueurs au Comité Olympique Indien. L’Angleterre s’y opposait parce qu’ils ne voulaient pas leur compétition d’été perturbée tous les 4 ans, et l’ICC craignait que les JO cannibalisent leur propre compétition, le Twenty20. Mais je pense que les administrateurs ont réalisé qu’entrer aux JO débloquerait des millions en fonds gouvernementaux dans le monde entier, qui n’iraient pas au Cricket sinon; or ces fonds ne peuvent qu’être une bonne chose pour le cricket. Donc je pense que, enfin, la volonté de faire bouger les choses est bien là, du moment que l’Inde peut être persuadée!

Dernièrement, le cricket féminin semble s’être développé comme démontré par la multiplication des ligues professionnelles et des joueuses phares telles que Ellyse Perry, Sarah Taylor, Sana Mir etc.

Effectivement, ces dernières années, le cricket féminin a crû de façon exponentielle. La Women Big Bash League en Australie a été un véritable succès l’hiver dernier. De plus, nous venons d’accueillir notre première Twenty20 League en Angleterre qui a connu une popularité non négligeable. Il y a encore de la marge de développement car cela fait des années que nous n’avons pas vu de ligues professionnelles féminines de cricket, mais les progrès effectués depuis l’époque où les joueuses portaient encore des jupes (à présent elles portent des pantalons) sont considérables.

Ellyse Perry, la star du cricket féminin, a joué en équipe nationale d'Australie au cricket et au football (crédit Herald Sun)
Ellyse Perry, la star du cricket féminin, a joué en équipe nationale d’Australie au cricket et au football (crédit Herald Sun)

En France le cricket est surtout connu pour la longueur de ses parties qui peuvent durer jusqu’à cinq jours. Pouvez- vous nous expliquer les différentes formes de cricket?

Il n’y a que les Test matches (qui se disputent entre les dix nations que j’ai cité un peu plus tôt) qui durent cinq jours (et ces matches peuvent quand même se finir par un match nul, ce qui déroute les amateurs de sports venant de pays où le cricket n’est pas pratiqué !). L’essentiel est d’avoir beaucoup de patience et savoir attendre le bon moment pour attaquer, c’est un jeu très stratégique. Les équipes nationales ont des matches de quatre jours ou plus mais il existe également des rencontres internationales d’une journée où les deux équipes battent pendant une période de temps limitée et l’équipe qui score le plus de courses gagne ; et enfin les Twenty20 matches où les équipes battent 20 overs (séries) chacune. Ces rencontres se finissent en général en trois heures et ont beaucoup de succès auprès des fans qui n’ont pas le temps de s’impliquer dans des Test matches de cinq jours.

Va-t-on supprimer les Test matches? Il semble qu’il y ait de véritables inquiétudes à ce sujet.

Il y a effectivement beaucoup d’inquiétudes sur le devenir du Test cricket partout dans le monde. Les Tests matches entre l’Angleterre et l’Australie (appelés également Ashes) sont très populaires dans les deux pays. Les terrains anglais sont souvent pleins à craquer quand des rencontres sont organisées à Londres. Seulement, partout ailleurs, les foules ont tendance à leur préférer les matches T20. La raison est simple : les T20 durent seulement trois heures et se déroulent régulièrement en soirée par conséquent on peut s’y rendre en famille et être sûr d’avoir l’issue du match à la fin de la journée. Les Test matches requièrent plus de temps et d’investissement de la part de leurs spectateurs. Dans notre monde moderne où tout va rapidement, le Test cricket semble de plus en plus en décalage avec notre temps. Les administrateurs du jeu disent être conscients de ce problème mais, parallèlement, passent énormément de temps et d’argent à promouvoir le T20. D’une certaine façon, le problème du cricket est en écho avec celui de notre société : un passe-temps qui demande un effort à comprendre et à jouer a –t-il vraiment sa place dans notre monde moderne ?

Une autre crainte est le manque de représentation des nations du cricket plus «modestes » à l’ICC et en conséquence de la croissance du cricket en dehors de ses nations principales.

C’est également un problème. Certains sont persuadés que le cricket ne pourra jamais vraiment prendre racine dans les pays où le cricket n’est pas ancré dans l’Histoire (i.e. : les pays autres que ceux membres du Commonwealth). D’autres affirment que c’est aux administrateurs du jeu de devoir faire en sorte qu’il se développe. Et effectivement cela fait même parti de l’énoncé de la mission de l’International Cricket Council. Il y a donc une certaine tension entre ceux qui croient que ce serait une perte, à la fois de temps et d’argent, de développer le cricket hors des frontières des nations principales, et ceux qui pensent que c’est le devoir du jeu que de s’étendre. En ce qui me concerne mon avis se rapproche de celui du second groupe mais je comprends également les inquiétudes du premier.

Quel rôle a le cricket dans les Iles Britanniques, en particulier face à l’omniprésence du football et du rugby ?

Le plus gros problème est le football, contrairement au rugby qui a beaucoup de clubs mais est moins médiatisé sur la scène internationale (au court de l’année l’équipe d’Angleterre de cricket a une plus forte présence dans les medias que l’équipe d’Angleterre de rugby). Le cricket doit accepter le fait que l’Angleterre est une nation du football. Bien sur le cricket est sur le devant de la scène pendant l’été mais la saison du football empiète de chaque côté des mois traditionnels du cricket (en Angleterre les saisons de cricket sont d’avril à septembre) et le cricket se fait de plus en plus écraser.

Match de cinq jours, pause déjeuner et l’heure du thé, uniformes blancs, chemises polo… Encore plus que n’importe quel autre sport, le cricket et entouré de tout un cérémonial. Que cela peut-il révéler sur ses inventeurs, les anglais ?

Il fut dit un jour que les Anglais, n’étant pas un peuple très spirituel, inventèrent le cricket pour se donner une conception de l’éternité (la citation est de l’irlandais George Bernard Shaw, prix Nobel de la littérature en 1925, ndlr). Cela est bien entendu exagéré, mais j’en comprends le fond : le cricket est un sport ritualiste et ces rituels sont chéris par les amateurs du sport. C’est une forme d’échappatoire et la valeur qu’ils donnent à cette évasion saute aux yeux quand la structure du cricket est menacée. J’imagine qu’il est juste d’affirmer que les Anglais aiment l’ordre et le calme, en surface tout du moins, et le cricket pourvoit à ces besoins existentiels. La classe sociale joue également un rôle inévitable dans le cricket. Bien que ce sport soit joué dans les régions du pays habitées principalement par les classes ouvrières (surtout dans certaines parties du Yorkshire et du Lancashire), dans le reste du monde le cricket à la réputation de hobby raffiné de la classe-moyenne. Bien sûr, c’est plus complexe, mais cela ne déplait pas aux Anglais que les étrangers gardent cette perception du cricket.

Le cricket est souvent vu comme un sport de gentlemen, de lord anglais. Pourtant le cricket ne s’est-il pas popularisé grâce aux paris qui s’organisaient autour des matches comme on le voyait souvent faire dans les villages ou parmi les classes ouvrières ?

Oui, le cricket au meilleur de sa forme réunit tout le monde : du seigneur jusqu’au gardien du manoir. Les mineurs du Nottinghamshire et du Yorkshire comptaient parmi eux certains des meilleurs fast bowlers jamais vus dans le jeu anglais. Comme je le disais un peu plus haut, la structure sociale du cricket anglais est plus complexe que beaucoup ne l’imaginent.

Miners Welfare Cricket Club, 1935
Miners Welfare Cricket Club, 1935

Mis à part très récemment, les artistes et écrivains français n’ont jamais revendiqué leur engagement dans ce sport, ni utilisé cette passion dans leur travail, ni ne l’ont tout simplement même pratiqué. Cependant le cricket a tout l’air d’être une inspiration, et son exercice est nécessaire pour les artistes et auteurs anglais, même quand, comme dans le cas de JM Barrie et Allahakbarries, on est dénué de talent pour cette pratique. Cette pensée était partagée par un de leurs confrères, présentant dans son cas de vraies dispositions pour ce sport, Arthur Conan Doyle. Quelle est la relation entre le cricket et le monde artistique et intellectuel anglais ?

Le cricket laisse beaucoup de temps à la réflexion. Si vous êtes au milieu d’un match de 5 jours et que votre manche se termine après une seule balle, vous avez largement le temps de penser aux choses de la vie. C’est pourquoi l’esprit curieux a toujours été attiré par le cricket, peut-être plus qu’à un sport incessant et intense comme le football. Il existe un club assez connu en Angleterre appelé The Authors : chaque membre doit avoir publié un livre. Comme vous pouvez l’imaginer, ils sont très portés vers l’autoédition ! Cette connexion intellectuelle peut en rebuter certains ; parallèlement, certains de leurs écrits sont excellents. C.L.R. James, l’historien marxiste trinidadien, comprit l’importance fondamentale du cricket pour le peuple des îles des Caraïbes, et est réputé pour avoir demandé: « Que savent-ils du cricket ceux qui ne connaissent que le cricket ? »

Boris Johnson a beaucoup parlé d’avoir joué au cricket après son vote au referendum. Theresa May est également une grande fan de cricket ainsi que le Prince William et la Princesse Kate. Quelles sont les relations entre les politiciens et le cricket ?

Je suppose que beaucoup des Membres du Parlement, surtout du côté des conservateurs, ont joué au cricket à l’école, et toutes sortes d’associations leur sont destinées. Le cricket peut se montrer aussi impitoyable que la politique : pendant une minute vous êtes un véritable héros, et à la suivante tout le monde vous a oublié. Et parce que le cricket touche aux complexes et à la nostalgie d’un peuple qui s’interroge sur sa nationalité, les politiciens n’hésitent pas à utiliser cette particularité pour leur rappeler un monde meilleur (et ce monde est loin d’être meilleur que ce qu’il est maintenant bien sûr, mais là n’est pas la question). La vision idéale de « l’English life » de l’ancien Premier Ministre Johan Major incluait une référence au “cricket sur la place du village”. Tout anglais a cette image dans son subconscient, même s’il déteste le cricket.

Vous êtes l’éditeur du célèbre Wisden Cricketer’s Almanack crée en 1864, un record de longévité. Pouvez-vous nous présenter la “Bible du Cricket” ?

Ah, oui. Le Wisden est un journal annuel qui paraît chaque avril pour essayer de coïncider avec le début de l’été anglais. Tous les matches important du monde entier de l’année précédente y sont consignés. Il est réputé pour sa supériorité, sa précision et son indépendance. Il est connu pour sa Note de l’Editeur, où l’éditeur rédige autour de 5000 mots sur l’état du jeu (et est cité par les journaux nationaux le jour-même de sa publication), et pour ses Cinq Joueurs de l’Année que l’éditeur sélectionne lui-même. Le Wisden possède également de nombreux écrits de haute qualité, d’autant plus maintenant qu’internet est devenu la référence pour les statistiques du cricket. D’autres l’appellent la Bible du cricket ; le Wisden se dispensera de tout commentaire

Traduction : Jéromine Ferrié et Roxane Langard

Monument
Monument

English version

In France, the cricket suffers numerous prejudices that do not make it popular. The first of them: cricket is a boring sport. Is that really the truth?

Well, many millions of cricket lovers all over the world would disagree! Cricket – certainly the five-day version – is full of nuance, so it does require a commitment to understand it, but I would argue that makes it more than your average sport. It gets better the more closely you follow it, because only then do you appreciate the deep psychology involved in so many battles between a batsman and a bowler, with each moment building on hundreds of moments before it. Cricket, like anything in life, is boring if you don’t understand it. But, if you do understand it, the possibilities are endless!
Another prejudice, cricket would be limited to England and India. What is it really? There are cricket beyond the Commonwealth ?

It’s true that the main cricketing countries, the 10 Test nations, all have Commonwealth histories: England, Australia, South Africa, West Indies, New Zealand, India, Pakistan, Sri Lanka, Zimbabwe and Bangladesh. But the International Cricket Council, the game’s governing body, has over 100 members worldwide, and the game is played to a good level in some surprising places, such as the Netherlands (who have beaten England twice at World Twenty20 tournaments), Papua New Guinea, even China and the USA. France has a team, too…

Sachin Tendulkar was in Rio. Some would like to see cricket at the Olympics. Is it possible ? What are the positions on the subject of the main players of cricket as the ICC, MCC and the boards of the major nations?

There’s an outside chance we’ll see cricket at the 2024 Olympics, but India – the most powerful of all the cricket nations – aren’t very keen on the idea, mainly because they don’t want to cede control of their players to the Indian Olympic Committee. England used to object on the basis that they didn’t want their home summer disrupted every four years, and the ICC are a little concerned about the Olympics cannibalising their own – very successful – World Twenty20 competition. But I think administrators have woken up to the fact that entry into the Olympics would unlock millions in government funding around the world in nations that would otherwise not spend much on cricket, and that can only be a good thing for the sport. So I think, finally, the will is there to make something happen – as long as India can be persuaded!

In recent years, women’s cricket seems to take a course as evidenced by the proliferation of professional leagues or media players as stars Ellyse Perry, Sarah Taylor, Sana Mir, etc.

 
Yes, the women’s game has grown exponentially in the last few years. The Women’s Big Bash League in Australia was a real hit last winter, and in England we have just hosted our first Twenty20 league, which proved reasonably popular. Women’s cricket hasn’t been professional for many years, so it’s still developing, but the progress it has made since the days when the players had to wear skirts (they now wear trousers) is amazing.
In France, the cricket image has long games up to five days. Can you explain the different forms of cricket?

Only Test matches – between the 10 nations I mentioned earlier – last five days (and matches can still end in a draw, which baffles many sports fans from non-cricket nations!). The emphasis is on patience and choosing the right moment to attack, so it’s a very tactical game. Domestic teams play over four days, but there are also one-day internationals – where both teams bat for a limited period of time, and the team who scores most runs wins – and now Twenty20 matches, where teams bat for 20 overs each. Those games are over in three hours and very popular with fans who don’t have time to commit to five days of a Test match.

He will remove the T20 cricket Test? There seems to be a real concern on the subject.

Yes, there is real concern for the future of Test cricket, all round the world. Test matches between England and Australia – the Ashes, as they are called – still sell out in both countries, and English grounds are usually full when games are staged in London. But elsewhere, crowds are starting to flock to T20 matches. The rationale is simple: T20 matches last three hours and often take place in the evening, so the whole family can go together and they are guaranteed to leave the game with a result. Test matches need more time and investment from spectators. In our high-speed modern age, Test cricket feels increasingly anachronistic. The game’s administrators say they are aware of this problem, but spend so much time and money marketing T20 instead. In a sense, cricket’s problem is society’s: does a pastime that takes effort to understand and play have any place in the modern world?

Another concern is the lack of representation of « small and medium » nations of cricket at ICC and thus the development of cricket outside the major nations of the sport.

Yes, this is a problem. Some people believe that cricket can never truly take hold in countries who do not have a historic link to it (i.e. are part of the Commonwealth). Others say the game’s administrators have a duty to spread the game. Indeed, this is actually part of the International Cricket Council’s mission statement. So there is a tension between those who believe developing cricket outside the major nations is a waste of both time and money, and those who think the game has a duty to expand. Personally, I feel closer to the second group, but I can understand the concerns of the first.

What is the role of cricket in the British Isles in particular face an omnipresent football and rugby?

The problem is football, not rugby, which has a strong club scene but a less newsworthy international scene (the England cricket team is far more visible across the year in the media than the England rugby team). Cricket has to face the fact that England is a football nation. Cricket has a role to play in the summer, for sure, but as the football season encroaches at both ends of what was traditionally cricket months (the cricket season in England is April to September), then cricket gets squeezed more and more.

Match five days lunch break and afternoon tea, white uniforms, polo shirts … cricket is surrounded by a whole ceremonial, more than any other sport. What it says to its inventors, the English?

Someone once said that the English, not being a spiritual people, invented cricket to give themselves some conception of eternity. This overstates the case, obviously, but I get the point: cricket is ritualistic, and people treasure these rituals. It is a form of escapism, and you can see how much people value this escapism when the fabric of cricket is threatened. I guess it’s fair to say the English like order and calm, on the surface at least, so cricket caters for those existential needs. There’s also an unavoidable class element to cricket. Though it’s played in working-class areas of the country – especially in parts of Yorkshire and Lancashire – its reputation around the world is of a genteel, middle-class hobby. It’s more complex than that, of course, but the English are happy for foreigners to retain this perception!

One often sees cricket as a sport of gentlemen, of English lords. Yet he did not cricket also popular early with the organization of paris on matches such a practice in the villages or urban working classes?

Yes, cricket at its best unites everyone – from the lord of the manor down to the groundsmen of his manor. The miners of Nottinghamshire and Yorkshire have produced some of the finest fast bowlers the English game has seen. As I mentioned above, the social structures of English cricket are more complex than many imagine.

In France, except recently, artists and writers have rarely claimed a deep commitment to the sport, used this passion in their work or even practiced earnestly. However, cricket seems to be an inspiration and practice necessary for artists and authors English even when you have no talent as JM Barrie and Allahakbarries. It is also thought to one of the members of this team, gifted in his case, Arthur Conan Doyle. What is the relationship between cricket and English intellectual and artistic world? And other « cricket » countries?

Cricket allows plenty of time for reflection. If you are playing a five-day game, and your own innings is over after one ball, you have lots of time to think about life! So it has always appealed to the curious mind, perhaps more than a non-stop, relentless sport such as football. There is a famous club in England called The Authors: every member must have published a book. They are very good at publicising themselves, as you can imagine! This intellectual connection can put some people off. Equally it has produced some excellent writing. As CLR James, the Trinidadian Marxist historian who understood the fundamental importance of cricket to the Caribbean people, famously asked: ‘What do they know of cricket who only cricket know?’

Boris Johnson has done much talk him into playing cricket after his vote in the referendum. Theresa May is also a cricket fan. Prince William and Princess Kate too. What are the relations between politicians with cricket?

I guess a lot of MPs, especially Conservative MPs, played cricket at school, so it has all sorts of associations for them. Cricket has some of politics’ ruthlessness: you can be a hero one minute, a has-been the next. And because cricket taps into a very self-conscious, nostalgic strain of what it is to be English, politicians can use its reputation to hark back to a better world (of course, that world was no better than it is now, but that is besides the point). The former Prime Minister John Major’s idealised version of English life included a reference to ‘cricket on the village green’. It is there in the subconscious of every English person, even if they hate cricket!

You’re the editor of famous Wisden Cricketer’s Almanack. There since 1864. An incredible longevity. Can you introduce the « Bible of cricket » as he is known?

Ha, yes. Wisden is an annual, published every April to coincide roughly with the start of the English summer. It records every important match played round the world in the previous calendar year, and has developed a reputation for authority, accuracy and independence. It is famous for its Editor’s Notes, in which the editor writes around 5,000 words on the state of the game (and is quoted in the national newspapers on the day of publication), and for its Five Cricketers of the Year, which the editor personally selects. There is also a lot of high-quality writing in Wisden, more now that the internet has become the place to go to reference cricket statistics. Others call it the Bible of cricket; Wisden can’t possibly comment.

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5 réflexions sur “Partez à la découverte du cricket avec Lawrence Booth : « si vous comprenez le cricket, les possibilités sont infinies »

  1. Excellente interview et délicieux humour anglais.
    Une remarque concernant le cricket, les classes sociales et l’image qu’aiment donner les Anglais du « game ».
    Vois quelques décennies, je trainais mes guêtres dans le nord de l’Angleterre, à Burnley dans le Lancashire, patrie du lanceur actuel de l’Angleterre, James Anderson. Cette ville était encore minière (on était juste avant l’arrivée de la Witch au 10 Downing Street). Voyant un match de cricket juste à côté du terrain de foot du Turf Moor, je demande à un copain de m’expliquer le jeu. Il me regarde, interrogateur, puis dit : « Oh ! c’est un sport d’aristocrate, aucun intérêt. Et puis, de toutes façons, tu ne pourras pas comprendre, tu es français. »
    Ce copain était plutôt d’extrême-gauche et pas raciste ni nationaliste pour un sou. Ce qu’il ne m’a pas dit et que j’ai appris des années plus tard, c’est que lui-même jouait régulièrement au cricket entre copains…
    Et après, on se demande pourquoi la France et l’Angleterre ont été durant des siècles « l’ennemi héréditaire » l’une de l’autre.
    Ah ! un oubli que je répare : le site du Wisden.
    http://www.bloomsbury.com/uk/special-interest/wisden/

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