Betty Wilson, championne de cricket libre et passionnée

Durant sa carrière, on la surnommait « Female Bradman », la Don Bradman au féminin. Ce surnom lui resta et ce n’était pas rien. Être comparé à l’une des deux plus grandes légendes du cricket, l’autre étant WG Grace, ce n’était pas rien. Et la comparaison ne tenait pas à leur pays commun, l’Australie, mais bien à leur talent respectif. Betty Wilson fut et est encore l’une des plus grandes championnes que le cricket est connu. Une pionnière, une joueuse de cricket amateur mais à l’engagement sportif professionnel, une passionné de son sport, une championne redoutable pour ses adversaires.

Betty Wilson voit le jour dans l’État de Victoria en Australie, dans la localité de Abbotsford près de Melbourne le 21 novembre 1921. Très tôt, la jeune Betty se passionne pour le sport et, en particulier, le cricket. Ce jeu, elle l’apprend dans la rue, jouant avec filles et garçons jusqu’à l’heure du thé, utilisant les lampadaires comme guichets. Déjà, elle démontre des qualités athlétiques hors-normes et une passion qui lui donne le goût de l’effort. Quand elle ne joue pas dans la rue, la voilà dans son jardin à s’entraîner en tapant une balle qu’elle a enfilé dans un bas de sa mère qui est attaché à la corde à linges.

Un soir, son père l’amène voir l’entraînement des joueuses du Collingwood Ladies Cricket Club. Betty se jette sur toutes les balles qu’elle peut et les renvoie à la gardienne au centre du terrain. Son talent explose aux yeux des joueuses qui lui demande de venir jouer le match du samedi avec elle. Betty a dix ans et elle va jouer avec des adultes. Elle y restera trois ans avant de changer de club.

Don Bradman féminin… ou est-ce que Don Bradman était le Betty Wilson masculin ?

À 14 ans, elle intègre l’équipe junior de l’État et à 16 ans l’équipe senior. Même si la jeune surdouée du cricket provoque quelques jalousies dans ce milieu adulte, elle adore l’esprit de camaraderie qui y règne, se faisant même des amies pour la vie. Elle peut aussi compter sur un patron conciliant qui lui permet de jouer un maximum au cricket car elle a arrêté l’école à 13 ans pour étudier dans un business college et devenir secrétaire. À cette époque, les joueuses ne sont pas payées pour jouer.

Betty Wilson débute sa carrière internationale en 1948 à l’âge de 26 ans. Un début tardif à cause de l’arrêt des rencontres internationales durant la Seconde Guerre Mondiale. Pour son premier Test Match, lors de la tournée australienne en Nouvelle-Zélande, Wilson éblouit déjà la rencontre de son talent en scorant 90 courses et en prenant 10 guichets. C’est une All-Rounder, capable de lancer et frapper à merveille, tout en étant une défenseure talentueuse.

Lors de son second Test Match, à domicile face à l’Angleterre en 1949, elle devient la première australienne à frapper un century en scorant 111 points tout en prenant 9 guichets au lancer. Elle retrouve les anglaises pour la tournée en Angleterre de 1951 et y joue 14 rencontres contre l’équipe nationale ou des équipes locales, démontrant une nouvelle fois tout son talent. À l’issue de la tournée, elle décide de rester trois ans dans la patrie du cricket. Car c’est grâce au cricket que Betty Wilson a pu sortir de sa condition sociale modeste et découvrir le monde et rayonner au-delà des faubourgs de Melbourne.

C’est en 1957 qu’elle retrouve l’équipe nationale pour un Test Match. En effet, il n’existe alors que trois équipes féminines à ce niveau (Angleterre, Australie et Nouvelle-Zélande) et les rencontres sont rares, occasionnant des années sans Test Match. En revanche, Wilson n’a pas perdu ses compétences de championne. Lors du deuxième Test-Match entre l’Australie et l’Angleterre en 1958, à Melbourne, les Aussies sont en mauvaise posture, n’ayant marqué que 38 malheureuses courses dans la première manche. Mais Betty Wilson sonne la charge et les locales limitent les anglaises à 35 courses, Wilson ne concédant que 7 courses et prenant 7 guichets, réalisant même le premier hat-trick du cricket féminin au niveau international. Il faudra attendre 2004 pour voir Shaiza Khan répéter l’exploit avec l’équipe du Pakistan.

Dans la seconde manche, elle réalise une autre première. Elle marque 100 courses et prend 4 guichets supplémentaires, devenant alors la première joueuse de cricket, femmes et hommes confondu.es, à scorer un century et à prendre 10 guichets dans un Test-Match. Elle est au summum de son art. Pourtant, à l’issue de la série, elle prend sa retraite internationale, n’ayant joué que 11 Test-Matchs en raison d’un contexte difficile pour le cricket féminin et une guerre mondiale.

Pourtant, ces 11 rencontres furent suffisantes pour démontrer la championne d’exception qu’était Betty Wilson. Mais au-delà de ses statistiques incroyables, de ses records et faits d’armes sportifs, c’est sa vie dévouée au cricket qui impressionne. Car si elle fut l’une des plus grandes joueuses de cricket de tous les temps, ce ne fut pas seulement grâce à son talent. Elle s’entraînait tous les jours tandis que les joueuses de l’époque s’entraînaient une fois par semaine. C’était une professionnelle avant l’heure.

Betty Wilson effectue la danse de la victoire ?

Elle apportait un soin particulier aux détails et ne négligeait aucun effort pour s’améliorer. Elle travaillait les aspects du jeu qu’elle ne maîtrisait pas. « Il est inutile de rester là toute la journée en attendant la balle que vous voulez frapper. Il y a beaucoup d’autres balles qui vont venir vers vous. Donc, vous devez apprendre à les frapper toutes », disait-elle pour expliquer sa philosophie de sportive.

Cette exigence du travail pour s’améliorer avait débuté, on l’a vu précédemment, avec son entraînement dans le jardin familial et cette balle emmitouflée dans le bas de sa mère. Un entraînement qu’elle garda en carrière et qui lui permit d’améliorer ses réflexes, son jeu de jambes, sa vision, la forçant à penser toujours plus vite pour réagir à tout type de balles venant à elle. Sa stratégie ? Frapper des four (balles sortant du terrain après avoir rebondi ou roulé dans celui-ci et rapportant quatre points) au lieu de sixes (balles frappées sortant directement du terrain et rapportant six points) qui, s’ils n’étaient pas assez puissants, pouvaient être attrapés de volée et éliminer le batteur. Elle ne tentait les sixes qu’en dernier recours.

Elle passa également des heures dans les nets (cages d’entraînement faîtes de filets) pour pratiquer ses lancers dans les moindres détails, pour savoir où placer la balle afin d’éliminer les différentes types de frappeuses face à elle. Cet acharnement à s’entraîner fit d’elle une lanceuse extraordinaire.

Elle repoussa également son mariage par trois fois pour participer aux tournées de l’équipe nationale à une époque où une femme devait donner la priorité à son futur mari. Le fiancé éconduit par trois fois la quitta et Betty Wilson ne se maria jamais pour garder sa liberté et notamment celle de profiter de sa plus grande passion, le cricket.

En 1985, elle devient la première femme introduite au Temple de la Renommée du sport australien et rejoint celui de l’International Council of Cricket en 2015, un an après avoir été élue parmi les cinq plus grandes joueuses de cricket de l’histoire par le Wisden Cricketer’s Almanak avec Enid Bakewell, Belinda Clark, Cathryn Fitzpatrick et Mithali Raj. Une distinction qu’elle n’aura pas eu le plaisir de profiter puisqu’elle s’éteint à Melbourne le 22 janvier 2010, en laissant en héritage une carrière exceptionnelle et une passion pour le cricket et la liberté qui inspire encore aujourd’hui les femmes et les hommes amoureux.ses de ce jeu.

Betty Wilson from Victorian Women’s Cricket Assoc. on Vimeo.

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