Kanaa, un film engagé autour du cricket féminin

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Rêve. Voici ce que signifie Kanaa en langue Tamil (ou Tamoul). Ce film tamil mettant en scène la région du même nom dans le sud de l’Inde (Tamil Nadu) nous parle de rêves, celui d’une petite fille voulant jouer au cricket pour le bonheur de son père. Mais pas que. Telles des poupées russes, Kanaa nous offre une diversité de messages et d’émotions qui s’enchevêtrent dans un film qui conserve tout de même un bel équilibre. Un sport movie qui, sans être un chef-d’œuvre du genre, se révèle efficace et un beau film sur le sport au féminin.

L’histoire : Kousalya Murugesan (Aishwarya Rajesh) voit un jour son père, un fermier apprécié de tous, pleurer après la défaite de l’Inde lors d’un Test Match. Elle décide alors de jouer au cricket pour représenter l’Inde, gagner et redonner le sourire à son père. Mission quasi-impossible dans son village où les femmes n’ont pas leur place sur les terrains de cricket.

Comme de nombreux films de sport, Kanaa nous jette dans l’histoire d’un underdog face aux difficultés pour atteindre un objectif qui semble irréaliste. Mais ici, il s’agit d’une underdog qui débute son parcours du combattant dans l’Inde rurale conservatrice des années 90. Une difficulté énorme en somme pour notre héroïne. Heureusement, elle trouvera dans son père et les jeunes joueurs de cricket du village des alliés qui lui permettront de mettre son rêve en route.

Le film se compose de deux parties. La première s’attache à voir grandir Kousalya et son rêve. Elle y apprend le cricket, rencontrant ses premières difficultés tout comme ses premières victoires. La construction de cette première partie est extrêmement dynamique alors que le film s’ouvre sur une bagarre entre deux équipes de cricket et leurs supporters. C’est à travers l’interrogatoire du débonnaire chef de la police locale que le récit s’inscrit à coups de flash-backs par différents narrateurs, témoins directs des exploits de Kousalya.

La deuxième partie se concentre sur la difficile ascension de Kousalya vers l’équipe nationale indienne en vue de la prochaine coupe du monde T20. La structure narrative devient plus conventionnelle mais les scènes de matchs de la coupe du monde sont intenses, prouvant une nouvelle fois, comme nous l’affirmions avec Lagaan et MS Dhoni, que le cricket est un sport parfait pour le cinéma, que ce soit pour montrer la beauté de ses différentes actions de jeu que pour faire vivre leur intensité, particulièrement le duel bowler/batteur.

Il n’est pas étonnant que le film nous fasse vivre aussi bien la passion et la beauté du cricket puisque son scénariste et réalisateur, Arunraja Kamaraj, dont Kanaa est le premier film à la réalisation, fut un excellent joueur de cricket All-Rounder au niveau universitaire, surnommé Tikolo, en hommage à l’ancien capitaine du Kenya Steve Tikolo.

Le cricket sert également de plateforme revendicative pour délivrer un message sur l’empowerment féminin. Un message renforcé par la complicité entre la fille et le père. Ce dernier, loin d’être le modèle patriarcal austère et autoritaire attendu, est le moteur des aspirations sportives de sa fille. C’est au contraire la mère de Kousalya qui va représenter le conservatisme des valeurs indiennes. Kanaa évite ainsi un trop plein de bons sentiments grâce à la relation complice et touchante entre l’héroïne et son père ainsi que la relation contrariée avec sa mère.

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Cependant, Kanaa ne se contente pas de nous abreuver de cricket et d’un important message sur l’empowerment féminin. Le film nous gratifie également d’un message politique sur le rapport compliqué entre l’Inde d’aujourd’hui et son monde rural. Murugesan, le père de Kousalya, démarre le film comme un homme fort respecté dans la communauté du village avant de devenir la victime des financiers et promoteurs. En miroir déformant des obstacles que franchit Kousalya, Murugesan voit les siens se cumuler. Le film est à l’image d’une Inde moderne qui avance difficilement sur certains sujets sociétaux tout en régressant sur ses fondamentaux comme l’agriculture et la capacité pour un pays de se nourrir lui-même.

Kanaa interroge ainsi la position de la ruralité tamoule dans l’Inde moderne, une réflexion régulièrement portée par l’acteur interprétant Murugesan, Sathyaraj, dans ses films ou interventions médiatiques. À noter que le réalisateur comme le producteur, la star Sivakarthikeyan qui joue également le rôle du coach de l’équipe nationale, sont également originaires du Tamil Nadu.

Au final, Kanaa nous offre de grands moments de comédie, de beaux moments d’émotion, une seule chanson dansée (pour ceux et celles que cela rebute), des messages engagés et de passionnantes scènes sportives. Un film qui n’a pas à rougir des productions hollywoodiennes de sport movie et qui mériterait une plus large diffusion que les quelques dates dont la France a eu droit le week-end du 21 décembre. On peut cependant remercier Night Ed Films de nous avoir permis de le voir en salle en France et on leur souhaite de pouvoir à nouveau le proposer au public français tant les films de qualité sur le sport au féminin sont rares. Et Kanaa en est un assurément.

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